SOCIAL  Santé « Revaloriser l'hôpital à l'agonie »

Publié dans le panorama le Vendredi 14 février 2020 à 05:45:46

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SOCIAL  Santé
« Revaloriser l'hôpital à l'agonie »
Personnels soignants et agents seront à nouveau dans la rue ce vendredi, onze mois après le début du mouvement aux urgences. Hugo Huon, porte-parole du collectif Inter Urgences, explique pourquoi.
 

 
Hugo Huon, porte-parole du Collectif Inter Urgences.
Onze mois après le début des grèves aux urgences, où en est le mouvement social à l'hôpital ?
Actuellement 270 services environ sont toujours en grève. Les urgences reflètent autant les problèmes de notre société que ceux de l'hôpital, qui se mobilise aussi dans son ensemble.
Les plans présentés ne vous satisfont pas ?

La philosophie du plan urgence est de s'appuyer sur la médecine de ville, en estimant que 40 % des gens qui sont soignés aux urgences n'ont pas à y venir. Cette réflexion élude le fait social, et la majoration des inégalités.

Certaines personnes n'ont d'autre choix que de venir aux urgences avec la pauvreté croissante, et le décrochage des classes moyennes. La médecine de ville ne peut être la seule solution. Il faut revaloriser l'hôpital qui est à l'agonie.
La ministre a annoncé des primes, notamment pour l'engagement hospitalier...

C'est bien pour les nouveaux arrivants, mais ce dispositif se trompe de cible. L'hôpital n'a pas de difficultés à faire venir des professionnels : il a un problème pour faire rester les gens en poste !

Les conditions de travail sont telles que les gens se forment, et partent travailler ailleurs en moyenne au bout de trois ans. Dans ce livre (*), nous montrons les dysfonctionnements à tous les niveaux.

Depuis vingt ans, les pouvoirs publics pratiquent la politique de la terre brûlée à l'hôpital. Les gestionnaires, à force de supprimer sans cesse des choses, ont changé la culture de l'hôpital, et instauré un climat de défiance et de ressentiment chez les agents. Cette culture ne se changera pas avec des demi-plans.
Qu'attendez-vous concrètement du gouvernement ?

Nos revendications portent sur les salaires. Nous ne sommes pas payés à la hauteur du travail que nous faisons. Si l'État, notre employeur, ne le reconnaît pas, c'est qu'il estime qu'il ne veut pas que nous travaillions dans de bonnes conditions.

L'hôpital, depuis vingt ans, affiche une énorme hausse de la productivité sans augmenter les effectifs. Cela signifie que le travail a changé. Tellement changé qu'à mon avis les directeurs et les technocrates n'ont plus aucune idée de ce que nous faisons au quotidien. C'est pourquoi nous publions un livre de témoignages, pour qu'ils comprennent cette réalité, qui n'est plus raisonnable.
Qu'attendez-vous de la journée de mobilisation d'aujourd'hui ?

Il faut reconstruire l'hôpital en partant des besoins. Et pas d'une enveloppe budgétaire à disposition. Nous demandons aux citoyens de concrétiser leur engagement. Pour qu'ils ne se retrouvent plus à mourir sur des brancards ou à rester des heures sans être changés.

Les personnes que nous soignons sont trop vulnérables pour se faire entendre. C'est notre rôle de nous exprimer . Si on perd ce combat pour l'hôpital, ce sont eux, les patients, qui vont en pâtir. »
Propos recueillis par Élodie BÉCU Urgences, Hugo Huon et le collectif Inter Urgences, Albin Michel.

Urgences, Hugo Huon et le collectif Inter Urgences, Albin Michel.