Social  Le taux de chômage a encore baissé en 2019 Le plein-emploi, pas si utopique ?

Publié dans le panorama le Vendredi 14 février 2020 à 05:44:36

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Social  Le taux de chômage a encore baissé en 2019
Le plein-emploi, pas si utopique ?
Toujours très élevé dans le pays, le chômage revient cependant au niveau d'avant la crise de 2008. Cette tendance repose sur des fondations solides car la France parvient à créer de l'emploi avec une croissance faible.
 

 
La courbe du chômage est bien inversée. Après le décompte de Pôle Emploi la semaine dernière, l'indicateur de l'Insee, calibré sur les critères du Bureau international du travail, confirme la forte baisse observée en 2019. La troisième année consécutive de baisse. Le taux de chômage s'établit à 8,1 % pour la France entière, à 7,9 % pour la seule métropole.

Ce retour à la situation de 2008 enflamme la ministre du Travail, Muriel Pénicaud : « L'ambition d'un taux de 7 % à la fin du quinquennat est franchement atteignable. » Son collègue de l'Économie, Bruno Le Maire, vise, au-delà de 2022, un taux de chômage à 5 %, considéré comme du plein-emploi (voir repères).
Pourquoi ça baisse ?

« La bonne nouvelle c'est la création élevée d'emplois en CDI malgré une croissance moyenne », souligne Eric Heyer, économiste à l'Observatoire des conjonctures économiques (OFCE). Sur l'année 2019, le nombre d'actifs dans les entreprises a augmenté d'environ 210 000 (+ 1,1 %). En trois ans, le secteur privé a créé quasiment 700 000 postes, avec plus de CDI que d'intérim et de CDD. Le ralentissement de la croissance (1,2 % au lieu de 1,7 %) n'a pas affecté le marché du travail. Ce paradoxe s'explique par plusieurs facteurs.

? Le volume de départs à la retraite reste très soutenu (640 000 environ). Dans les dix ans à venir, les baby-boomers des sixties, actuellement « salariés seniors », vont encore libérer des postes.

? La population des 20-60 ans augmente moins vite qu'il y a dix ans. Il faut 100 000 créations d'emploi pour diminuer le nombre de chômeurs, au lieu de 250 000 dans les années 2000-2015.

? Les taux d'intérêt très bas maintiennent un niveau d'investissement élevé des entreprises. Une partie de cet argent se tourne vers le recrutement.

? Les mesures d'allégement du coût du travail, d'assouplissement des règles de licenciement et d'indemnités prud'homales prises en 2016, 2017 et 2018, lèvent la peur d'embaucher.

? La numérisation de l'économie requiert de nouveaux profils. Les PME (Petites ou moyennes entreprises) et ETI (Entreprises de taille intermédiaire) se dotent de ces compétences, quitte à moins choyer leurs aînés.

? Des jobs de services à la personne, dans la logistique et le gardiennage se développent et requièrent de la main-d'oeuvre. Cela fait d'ailleurs chuter la productivité globale.

? Des secteurs dans lesquels la France excelle sont en plein boom : aéronautique, luxe, tourisme...

? À part les contrats aidés, il n'y a pas de véritables suppressions d'emplois publics.
Pourquoi ça peut durer

Ces phénomènes résisteront-ils à un coup de frein de l'économie, mondiale ? Pour Eric Heyer, « la tendance de 2020 est à un ralentissement de la croissance. Mais avec des programmes puissants de formation pour les chômeurs de longue durée et les moins qualifiés, au regard des emplois non pourvus, c'est possible ».

La progression spectaculaire du nombre d'apprentis (+16 %) devrait répondre à la pénurie de candidats dans certains métiers.

C'est devenu le sujet du moment dans les métropoles à fort taux de croissance (Lyon, Toulouse, Nantes, Brest, Strasbourg), dans des secteurs comme la carrosserie, l'aide à la personne, le transport.

Pôle Emploi estime autour de 200 000 ce vivier de jobs sans candidats. En comblant ces vides, l'objectif plein-emploi n'est pas mathématiquement irréaliste.

En pratique, c'est plus compliqué : ces métiers ne sont pas forcément les plus attractifs et ne se situent pas forcément aux endroits où vivent les demandeurs d'emploi.
Pascal JALABERT