L'édito de l'Alsace Fin de vie En finir avec l'hypocrisie

Publié dans le panorama le Mardi 14 janvier 2020 à 06:29:04

© L'alsace, Mardi le 14 Janvier 2020
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L'édito de l'Alsace  Fin de vie En finir avec l'hypocrisie
 

 
Photo L'Alsace /Thierry GACHON
Laurent Bodin

La fin de vie relève de l'intime. C'est, en tout cas, ce que chacun croit quand il est bien portant, en bonne santé, donc supposément libre de ses actes et de ses choix. Cette liberté à laquelle l'être humain aime se rattacher apparaît vite comme un leurre dès lors que la personne est impotente, inconsciente... Quand bien même l'intéressé a explicité par écrit ce qu'il a choisi comme dernières volontés, la loi veille. Ainsi est-il interdit en France, dans une tradition très judéo-chrétienne de la société, de mettre fin aux souffrances d'un homme ou d'une femme et, y compris pour un médecin, d'abréger sa vie par des moyens qui ne seraient pas naturels. Une telle hypocrisie en matière législative a poussé, depuis des décennies, des médecins très convenables à agir en leur âme et conscience et à aider les mourants à passer de vie à trépas. Sont-ils condamnables ? Très certainement au regard de la loi ; absolument pas vis-à-vis des familles qui, pour beaucoup, sont reconnaissantes à ces médecins qui abrègent moins la vie que des souffrances insupportables dont les malades ne sauraient, de toute façon, se relever.

Le calvaire de Vincent Lambert, maintenu artificiellement en vie malgré un état végétatif irrémédiable par la volonté de ses parents guidés par des raisons religieuses, quand sa femme et une autre partie de la famille souhaitaient le laisser partir en paix, avait momentanément rouvert le débat sur la fin de vie en France. La question est aujourd'hui relancée avec la mise en cause du Dr Méheut-Ferron, soutenu par plus d'un millier de confrères reconnaissant, pour beaucoup, avoir fait comme lui et administré des sédatifs dont ils connaissaient les conséquences. Il est temps que la société française affronte la réalité en face et débatte ouvertement de la question de l'euthanasie ou du suicide assisté, voire qu'elle décide par référendum. Ce dossier est affaire de conscience individuelle. Mais tant que le flou entourera la question comme c'est aujourd'hui le cas, les médecins comme les familles resteront dans une situation intenable en cachant une vérité que chacun est librement en droit d'entendre.