Strasbourg Directeur artistique du Seigneur des Anneaux et du Hobbit John Howe, des châteaux et un Grand Prix

Publié dans le panorama le Mardi 14 janvier 2020 à 06:16:39

© Dna, Mardi le 14 Janvier 2020
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Strasbourg Directeur artistique du Seigneur des Anneaux et du Hobbit
John Howe, des châteaux et un Grand Prix
Il mène depuis des années une brillante carrière internationale. Mais l'artiste canadien John Howe n'entretient pas moins une relation privilégiée avec notre région. Alors qu'il s'apprête à en « réenchanter les châteaux », l'Académie d'Alsace lui a remis son Grand Prix 2020.
 

 
En présence de Roland Ries, l'illustrateur John Howe a reçu le Grand Prix de l'Académie d'Alsace des mains de Bernard Reumaux.
« On n'en est encore qu'au début du début », plaisante-t-il. Cela n'empêche pas John Howe d'avoir le regard qui pétille lorsqu'il évoque le projet des « Portes du temps » lancé par les Départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Si les contenus restent à définir précisément, l'objectif, inscrit dans la volonté de valoriser le patrimoine castral de la région, est clair : « Réenchanter les châteaux forts ». Et pour ce faire, la touche si particulière de John Howe est la bienvenue. Il coiffe très naturellement la direction artistique d'un dispositif transmédia, appelé à entrer en action dès avril, où création et communication iront de pair.

Sourire jusqu'au bout des oreilles, l'artiste canadien explique combien une telle mission lui convient parfaitement. « C'est un peu mon domaine de prédilection. On sait combien les liens sont forts entre le Moyen Âge et l'heroic fantasy », confie celui dont l'univers visuel s'est traduit magistralement dans les six films du Seigneur des Anneaux et du Hobbit réalisés par Peter Jackson, et dont il signa la direction artistique. Et si le retentissement en sera plus modeste, il n'en a pas moins accepté de s'investir dans ces « Portes du temps » destinées à rappeler qu'en Alsace, une centaine de châteaux offrent des ruines encore visitables.

Installé en Suisse, à Neuchâtel, John Howe n'a jamais vraiment rompu avec l'Alsace en dépit d'une carrière internationale qui l'amène à voyager régulièrement d'un continent à l'autre. On sait que la connexion avec Strasbourg s'est opérée quand, à 19 ans, il s'est décidé à s'inscrire aux Arts Déco. « C'est une tradition pour tout Canadien anglophone d'effectuer un séjour initiatique en Europe. Mais en général, cela ne dure que quelques semaines ou quelques mois... ».
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Pour John Howe, ce sera quelques années, puisqu'il décida de se fixer à Strasbourg pour suivre les cours de l'atelier d'illustration de Claude Lapointe aux Arts Déco. « C'est drôle, parce que je me souviens que mon tout premier livre d'art acheté au Canada était une monographie soldée de Gustave Doré », dit-il, comme s'il fallait y voir une sorte de prédestination. Et d'ajouter combien « Doré a été pour moi une source d'inspiration ». Bien plus tard, il a pu acquérir une précieuse édition originale de son Don Quichotte, ne revenant toujours pas « de la qualité de son dessin, du rendu de la gravure ».

Le jeune John Howe, Bernard Reumaux s'en souvient avec précision. L'ancien éditeur, aujourd'hui président de l'Académie d'Alsace des Sciences, Lettres et Arts, avait fait appel à lui en 1983 pour illustrer le livre Boric le lynx. « Il m'avait été conseillé par Lapointe. À l'époque, il habitait à Lausanne. J'étais allé le rencontrer. Rien que sa façon de représenter une forêt n'appartenait qu'à lui », raconte-t-il. Quelques années plus tard, en 1987, à la tête des éditions La Nuée Bleue, Bernard Reumaux publiera l'album La Cathédrale dont John Howe signait à la fois texte et dessin - l'unique fois où il sera à la fois auteur et illustrateur de son propre texte. Sa représentation vertigineuse de l'édifice cher au coeur des Strasbourgeois, ce gothique magnifié par son crayon, annonçait déjà le John Howe qui imposera son imaginaire d'heroic fantasy sur grand écran dans le monde entier. J.R.R. Tolkien allait bientôt avoir son imagier attitré. « J'avais lu Le Hobbit dès l'âge de sept ans, Le Seigneur des anneaux à 12 », confie l'artiste canadien. C'est dire si ce chef-d'oeuvre de l'heroic fantasy lui est consubstantiel.
Le deuxième prix de toute sa carrière

Pour l'Académie d'Alsace, décerner son Grand Prix 2020 à John Howe relève de l'évidence : « C'est à la fois le poète, le dessinateur, le créateur, mais aussi l'homme féru de Moyen Âge, qui se documente et se réapproprie ce savoir qu'il s'agit d'honorer », commente Bernard Reumaux.

Remis ce lundi soir, à l'hôtel de ville de Strasbourg, en présence du maire Roland Ries mais aussi de Claude Lapointe, l'ancien professeur qui confessa qu'il ne comprenait pas ce que son atelier pouvait encore apporter à un élève si doué, ce prix arrache un petit sourire à l'artiste canadien : « Ce qui me plaît plus particulièrement, c'est qu'il n'émane pas d'une instance professionnelle du dessin. Ce n'est pas un prix de dessinateurs remis à un dessinateur... ».

Et puis, modestement, il rappelle qu'il ne croule pas sous ce genre de distinctions. « Ce n'est que mon deuxième prix. Le premier, je l'ai eu tout jeune, en Colombie-Britannique, pour un concours consacré à la prévention routière ! » On était bien loin de l'univers de Tolkien.
Serge HARTMANN