SOCIÉTÉ  La ministre de la Santé évoque un nouveau plan pour les soins palliatifs Fin de vie : deux médicaments relancent le débat

Publié dans le panorama le Mardi 14 janvier 2020 à 05:55:53

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SOCIÉTÉ  La ministre de la Santé évoque un nouveau plan pour les soins palliatifs
Fin de vie : deux médicaments relancent le débat
Deux produits - l'un autorisé (Midazolam), l'autre interdit (Nembutal) -, mettent à nouveau en lumière le débat sur la fin de vie. Après l'hôpital, une nouvelle question se pose : comment accompagner les patients qui veulent mourir à leur domicile ?
 

 
Plusieurs affaires relancent le débat sur la fin de vie.
Deux médicaments. Deux usages radicalement différents. Un point commun : remettre le débat sur la fin de vie sous le feu des projecteurs.

Fin novembre, le Dr Jean Méheut-Ferron, médecin généraliste de 65 ans en Seine-Maritime est suspendu de son activité. Le procureur de la République lui reproche d'avoir eu recours au Midazolam, un sédatif utilisé en soins palliatifs.

L'affaire déclenche l'indignation chez les médecins généralistes libéraux. Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France, lance une pétition de soutien. Et il demande à la ministre de faire évoluer l'usage en ville de ce médicament, régulièrement utilisé à l'hôpital pour accompagner les patients en fin de vie, dans le respect de la loi Claeys-Leonetti de 2016.
Malaise des généralistes

« Il est reproché au Dr Méheut de s'être procuré du Midazolam par son épouse qui travaille à l'hôpital et de ne pas avoir formalisé de décision collégiale pour mettre en forme le protocole de fin de vie. C'est une vision technocratique. Quand vous décidez d'une fin de vie, vous le faites avec le patient, avec sa famille, avec l'infirmière libérale, vous ne le faites pas seul ! La décision de collégialité est là, même si elle n'est pas formalisée », plaide le Dr Hamon.

L'affaire fait résonner les difficultés auxquelles sont confrontés les médecins de ville au quotidien. « Les médecins qui ont signé la pétition disent qu'ils sont «tous des Dr Méheut». En 45 ans d'exercice, j'ai été confronté plusieurs fois à des fins de vie. Je n'ai pas été forcément dans les clous », plaide Jean-Paul Hamon.

Le malaise des médecins (ils sont plus de 1 000 à avoir signé la pétition) a fait réagir la ministre de la Santé. Agnès Buzyn a annoncé que des « travaux » allaient être menés « de façon urgente pour « encadrer, sécuriser et garantir » l'accès en dehors de l'hôpital aux médicaments utilisés pour les soins de fin de vie. Des travaux qui viendront en écho à la finalisation de la recommandation de la Haute autorité de Santé sur la prise en charge médicamenteuse en situation palliative. Ces « bonnes pratiques » seront publiées dans les prochaines semaines. Agnès Buzyn veut aussi un « nouveau plan de développement des soins palliatifs, jnotamment en ambulatoire ». Pourtant, le plan précédent lancé en 2015 s'est achevé en 2018 et n'a pour le moment pas de successeur.
Un produit pour mourir

Cette annonce ne satisfait pas en revanche les pro-euthanasie, qu'un autre médicament a mis sous le feu des projecteurs. Mi-octobre, une vaste perquisition dans toute la France a révélé un vaste trafic de Nembutal, un médicament interdit dans le pays mais utilisé dans ceux autorisant l'aide au suicide.

Les personnes qui ont commandé ces flacons dans l'illégalité veulent pouvoir partir quand ils le choisiront, de chez eux. Ils s'affranchissent de la loi pour commander des produits interdits. Et militent pour une légalisation de l'euthanasie. Claude Hury, présidente de l'Association Ultime liberté, n'a pas commandé ce médicament mais elle a échangé avec nombre de ses adhérents qui l'ont fait, la plupart ayant dépassé largement les 80 ans. « Ils ne sont pas malades, mais progressivement déclinent, et veulent pouvoir arrêter quand la qualité de vie ne sera plus à leurs yeux acceptable. Et surtout, surtout, ils ne veulent pas aller en Ehpad. », explique-t-elle. « La majorité de ceux qui ont commandé ne sont pas suicidaires. C'est un choix réfléchi. La famille est mise au courant. Ils se préparent à la fin, c'est tout », précise-t-elle.

Autant d'affaires qui recréent le débat. Et impliquent de réfléchir sur l'efficacité de la législation actuelle. Bruno Studer, député LaREM du Bas-Rhin, a demandé à la Commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale une évaluation de la loi.
E. B.