EPR de Flamanville : toujours plus cher et en retard

Publié dans le panorama le Jeudi 10 octobre 2019 à 06:31:04

© L'alsace, Jeudi le 10 Octobre 2019
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EPR de Flamanville : toujours plus cher et en retard
 

 
Le chantier de l'EPR de Flamanville (Manche). Photo archives Charly TRIBALLEAU/AFP
Une énième déconvenue pour EDF sur l'EPR. Pour réparer des soudures du réacteur nucléaire de Flamanville (Manche), l'électricien compte utiliser des robots.

Les réparations s'annoncent complexes, car elles concernent huit soudures difficilement accessibles, situées dans la traversée de l'enceinte de confinement, la grosse structure de béton qui doit retenir les éléments radioactifs en cas d'accident.
Un chantier de plus de 15 ans au lieu de cinq

« Le scénario de reprise des soudures de traversées privilégié par EDF est l'utilisation de robots télé-opérés, conçus pour mener des opérations de grande précision à l'intérieur des tuyauteries concernées », a expliqué le groupe, qui dispose aussi d'une solution de repli. L'Autorité de sûreté nucléaire doit valider la méthode retenue au plus tard fin 2020, avant un début des travaux.

Ce scénario privilégié se traduit par « une date de chargement du combustible à fin 2022 », quand le calendrier initial tablait sur 2012. Le chantier, qui a commencé en 2007, va durer plus de 15 années, au lieu des cinq initialement prévues. Ces dernières années, EDF prévoyait de démarrer l'EPR de Flamanville fin 2019 pour une mise en service commerciale en 2020.
Une facture qui a quasiment quadruplé

Et cette opération alourdit encore la facture du chantier de 1,5 milliard d'euros, pour atteindre 12,4 milliards d'euros, quasiment quatre fois plus que l'estimation initiale à 3,3 milliards.

Les problèmes à Flamanville ont conduit le gouvernement à commander à l'ancien PDG de PSA Jean-Martin Folz un audit, qui doit être remis le 31 octobre.

« Le gouvernement ne peut pas se satisfaire de cette situation et attend des explications », a réagi mercredi le ministère de la Transition écologique, relevant que l'audit « devrait faire toute la lumière sur les causes des retards et écarts de coûts ».

Le PDG d'EDF Jean-Bernard Lévy a promis début octobre des « décisions concrètes sur la filière nucléaire pour collectivement tirer les leçons de cette situation. Il ne faut pas se voiler la face, la filière nucléaire française vit des moments difficiles, parce que s'accumulent des problèmes de qualité industrielle dans la réalisation des chantiers. De ce fait, les devis, les délais ne sont pas respectés ».

L'hypothèse d'un abandon du chantier de Flamanville avait été abordée en conseil d'administration il y a quelques mois, mais jamais vraiment envisagée par l'État, qui contrôle le capital de l'entreprise.

EDF rencontre aussi des difficultés sur ses EPR à l'étranger. Sur son chantier anglais, EDF a récemment annoncé un nouveau surcoût pouvant aller jusqu'à 3,3 milliards d'euros pour les deux réacteurs EPR qu'il construit à Hinkley Point C.

L'EPR finlandais, dont le chantier avait débuté en 2005, souffre aussi de retards et de surcoûts comparables à son homologue français, et ne devrait pas entrer en service avant 2020.

À l'inverse, les deux réacteurs EPR chinois sont rentrés en fonction en 2018 et 2019... Avec seulement quatre ans de retard.