À Belfort, la résistance des salariés s'installe

Publié dans le panorama le Jeudi 10 octobre 2019 à 06:29:08

© L'alsace, Jeudi le 10 Octobre 2019
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À Belfort, la résistance des salariés s'installe
 

 
Le bras de fer est engagé avec l'entreprise.

Photo Sébastien BOZON/AFP

Le blocage semble durablement engagé, tant à Belfort qu'à Bourogne. Ce mercredi, malgré la pluie, 150 salariés de GE ont attendu la fin de la réunion avec la direction qui s'est achevée par un clash. Un container-abri a été installé devant la porte de la Résistance, sur le site principal. Le bras de fer est engagé.

Les palettes brûlent. Un container a été installé dans l'après-midi près de la porte de la Découverte. Il servira d'abri les jours de pluie. Depuis ce mercredi, les salariés grévistes de General Electric sont entrés en résistance à Belfort. Cent cinquante personnes de toute catégorie professionnelle ont bloqué la porte de la Découverte dès le matin, et la porte du bâtiment 66 était inaccessible. Un air de gilets jaunes du côté des palettes et du barbecue où grillent quelques saucisses à l'heure du déjeuner. La colère gronde et la révolte sourd sous les parkas et les parapluies.
La réunion avec la direction est un échec

Les syndicats sont soudés pour organiser la résistance. Ils mettent en place des outils permettant de faire durer. Ils réfléchissent « au pourrissement et à la solidarité ». La réunion de ce mercredi matin avec la direction, très attendue, a été un échec. Et cet échec semble faire basculer les indécis. « Le blocage, c'est parti », résume un salarié. Les syndicats font un état des lieux. « La proposition de la direction est inacceptable : elle se dit prête à rallonger la durée de départ volontaire sur toute l'année 2020, sous couvert de signature de l'accord de compétitivité ».

« De toute façon, c'est tout simplement impossible à mettre en oeuvre », ajoute un salarié, à la sortie.

Les élus de la CGC, de Sud, de la CGT, organisations représentatives, proposent donc le durcissement de l'occupation. « La direction dit avoir obtenu le maximum, mais nous allons nous battre d'arrache-pied pour sauver notre site », disent-ils. Convaincus que la seule issue est le bras de fer. « Si nous sommes si nombreux, c'est parce que les salariés ont compris que les 600 suppressions d'emplois liées à l'accord de compétitivité ne sont qu'une première étape : dans deux ans et demi, à Belfort, il n'y aura plus rien, les Américains auront tout vendu », résume Cyril Caritey, CGT, ici au nom de l'intersyndicale. « Nous voulons sauver notre outil de travail et que nos 20 propositions contenues dans notre alternative soient entendues : elles peuvent sauver Belfort. » D'où l'obstination à obtenir un rendez-vous avec Bruno Le Maire.
Une assemblée générale ce jeudi matin

Ce jeudi matin décidera de l'ampleur du mouvement : une assemblée générale est proposée au nom de l'intersyndicale, à 10 h, « au TE 05 », sur le site du Techn'Hom. Ouverte à tous les salariés, elle se déroulera dans un bâtiment où travaillent en majorité des ingénieurs et des cadres. « Nous voulons leur sentiment, et voir avec eux quelle suite donner », annonce Karim Matoug, élu CGT. À Bourogne, le site sera totalement bloqué ce jeudi. Le TE 05 pourrait être le troisième et dernier site engagé dans la résistance. « Nous allons en discuter avec les grévistes et les non-grévistes. »

Mercredi, une pièce qui devait être expédiée en urgence a été retenue. « C'est notre seule façon de sauver l'emploi et notre outil de travail », estiment les syndicats. Ils invitent à « un conflit digne ».
Christine RONDOT