Le vélo-taxi interdit de séjour à Colmar

Publié dans le panorama le Jeudi 10 octobre 2019 à 06:02:46

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Transports Il veut lancer une nouvelle activité
Le vélo-taxi interdit de séjour à Colmar
Depuis plusieurs mois, Stéphane Jordan, 35 ans et sans emploi, se bat pour lancer un nouveau mode de transport à Colmar, le vélo-taxi. Mais deux arrêtés municipaux, datant de 2009 et 2010, interdisent cette activité dans le centre-ville. Les dernières sollicitations du jeune homme n'ont pas abouti.
 

 
Stéphane Jordan aimerait bien troquer sa bicyclette ordinaire contre un tricycle taxi à assistance électrique, permettant de transporter des passagers.
« Incompréhensible ». Voilà dix-huit mois que Stéphane Jordan se bat pour obtenir l'autorisation de démarrer son activité de vélo-taxi à Colmar, et que rien ne bouge. Ce jeune homme d'allure dynamique, qui vendait auparavant des piscines, des fenêtres, ou encore des poêles à bois, voudrait monter sa petite entreprise et créer son propre emploi : « Je travaille depuis des mois sur ce projet, explique-t-il, un projet qui serait bénéfique pour la ville. À Colmar, on met en avant le développement durable, les transports doux, le Tour de France, de nombreux festivals qui drainent du monde... Le vélo-taxi s'inscrirait parfaitement dans ce cadre. »

Cette version moderne des tuk tuk et pousse-pousse asiatiques a essaimé depuis une décennie dans de nombreuses villes de France. Il s'agit de tricycles à assistance électrique, dont la banquette arrière peut accueillir deux passagers. « Grâce à une application, on réserve son vélo-taxi pour aller faire ses courses, visiter la ville, se rendre à la gare ou chez le médecin, emmener un enfant à une activité... On peut aussi faire signe directement au conducteur pour qu'il s'arrête », ajoute Stéphane Jordan.
Du point de vue de la Ville, des rues déjà très encombrées

L'expérience a déjà été tentée à Colmar il y a une dizaine d'années, jusqu'à ce qu'un arrêté municipal y mette fin. Celui du 8 février 2010 invoque « l'encombrement des voies par les terrasses de café, les activités de taxis, les petits trains touristiques, les bus de la Trace et les opérations de livraison dans le centre-ville » pour y interdire formellement les vélos-taxis. Il mentionne aussi « la vocation touristique de la ville de Colmar qui accueille chaque année plus de 3 millions de visiteurs » et « les difficultés de stationnement et de circulation au moment des marchés de Noël ». Enfin, l'arrêté fait état d'un incident qui s'est produit le 22 juin 2009 entre un vélo-taxi et un petit train touristique « qui aurait pu entraîner un accident grave ».

Des arguments qui laissent Stéphane Jordan pantois : « Il y a également des piétons dans d'autres villes, que je sache, et les vélos-taxis y sont autorisés. À Colmar, on a les petits trains touristiques et les navettes "Coeur de ville" qui sont bien plus encombrants ! Les vélos-taxis pourraient justement désengorger la circulation. »

Le 12 septembre dernier, après plusieurs autres contacts, le jeune entrepreneur a écrit au maire pour lui demander de lever ces arrêtés.
« Uber Eats arrive avec quinze vélos, pourquoi pas moi ? »

La réponse de l'adjoint délégué Serge Hanauer est sans équivoque : « La Ville de Colmar ne souhaite pas remettre en cause ou modifier la réglementation en vigueur, d'autant plus que l'affluence de piétons au centre-ville ne cesse de s'accroître. » Stéphane Jordan demande alors à rencontrer le maire : pas de réponse pour l'instant.

En attendant, il continue de s'interroger sur les raisons profondes de ce refus : « faut-il protéger l'activité des taxis ? Nous ne sommes pas concurrents, nous réalisons surtout de petites courses de moins d'un kilomètre. Est-ce plutôt l'aspect publicitaire qui dérange ? [les vélos-taxis servent également de supports commerciaux N.D.L.R.] ». Ces questions-là n'ont pas de réponse. Et Stéphane Jordan ne décolère pas : « à Colmar on a toujours un train de retard... sauf les trains touristiques. Uber Eats arrive tout juste avec quinze vélos [notre édition du jeudi 3 octobre]. Pourquoi pas moi ? »

Le mois dernier, déjà, le maire avait opposé un refus catégorique à une activité commerciale de « vélo-crêpes » dans les parcs de la ville [DNA du 14 septembre].
Valérie KOELBEL

Un vélo-taxi à Bâle. Photo archives DNA