Transports | Il veut lancer une nouvelle activité Le vélo-taxi interdit de séjour à Colmar

Publié dans le panorama le Jeudi 10 octobre 2019 à 06:01:47

Transports Il veut lancer une nouvelle activité Le vélo-taxi interdit de séjour à Colmar

(PDF indisponible)

Stéphane Jordan aimerait bien troquer sa bicyclette ordinaire contre un tricycle taxi à assistance électrique, permettant de transporter des passagers.  Document remis

« Incompréhensible ». Voilà dix-huit mois que Stéphane Jordan se bat pour obtenir l’autorisation de démarrer son activité de vélo-taxi à Colmar, et que rien ne bouge. Ce jeune homme d’allure dynamique, qui vendait auparavant des piscines, des fenêtres, ou encore des poêles à bois, voudrait monter sa petite entreprise et créer son propre emploi : « je travaille depuis des mois sur ce projet, explique-t-il, un projet qui serait bénéfique pour la ville. À Colmar on met en avant le développement durable, les transports doux, le Tour de France, de nombreux festivals qui drainent du monde… Le vélo-taxi s’inscrirait parfaitement dans ce cadre. »

Cette version moderne des tuk tuk et pousse-pousse asiatiques a essaimé depuis une décennie dans de nombreuses villes de France. Il s’agit de tricycles à assistance électrique, dont la banquette arrière peut accueillir deux passagers. « Grâce à une application, on réserve son vélo-taxi pour aller faire ses courses, visiter la ville, se rendre à la gare ou chez le médecin, emmener un enfant à une activité… On peut aussi faire signe directement au conducteur pour qu’il s’arrête », ajoute Stéphane Jordan.

Du point de vue de la Ville, des rues déjà très encombrées

L’expérience a déjà été tentée à Colmar il y a une dizaine d’années, jusqu’à ce qu’un arrêté municipal y mette fin. Celui du 8 février 2010 invoque « l’encombrement des voies par les terrasses de café, les activités de taxis, les petits trains touristiques, les bus de la Trace et les opérations de livraison dans le centre-ville » pour y interdire formellement les vélos-taxis. Il mentionne aussi « la vocation touristique de la ville de Colmar qui accueille chaque année plus de 3 millions de visiteurs » et « les difficultés de stationnement et de circulation au moment des marchés de Noël ». Enfin, l’arrêté fait état d’un incident qui s’est produit le 22 juin 2009 entre un vélo-taxi et un petit train touristique « qui aurait pu entraîner un accident grave ».

Des arguments qui laissent Stéphane Jordan pantois : « il y a également des piétons dans d’autres villes, que je sache, et les vélos-taxis y sont autorisés. À Colmar on a les petits trains touristiques et les navettes “Coeur de ville” qui sont bien plus encombrants ! Les vélos-taxis pourraient justement désengorger la circulation. »

« Uber Eats arrive avec quinze vélos, pourquoi pas moi ? »

Le 12 septembre dernier, après plusieurs autres contacts, le jeune entrepreneur a écrit au maire pour lui demander de lever ces arrêtés. La réponse de l’adjoint délégué Serge Hanauer est sans équivoque : « La Ville de Colmar ne souhaite pas remettre en cause ou modifier la réglementation en vigueur, d’autant plus que l’affluence de piétons au centre-ville ne cesse de s’accroître. » Stéphane Jordan demande alors à rencontrer le maire : pas de réponse pour l’instant.

En attendant, il continue de s’interroger sur les raisons profondes de ce refus : « faut-il protéger l’activité des taxis ? Nous ne sommes pas concurrents, nous réalisons surtout de petites courses de moins d’un km. Est-ce plutôt l’aspect publicitaire qui dérange ? [les vélos-taxis servent également de supports commerciaux N.D.L.R.] ». Ces questions-là n’ont pas de réponse. Et Stéphane Jordan ne décolère pas : « à Colmar on a toujours un train de retard… sauf les trains touristiques. Uber Eats arrive tout juste avec quinze vélos [notre édition du jeudi 3 octobre]. Pourquoi pas moi ? »

Le mois dernier, déjà, le maire avait opposé un refus catégorique à une activité commerciale de « vélo-crêpes » dans les parcs de la ville [DNA du 14 septembre].

Un nouveau refus de la mairie

En fin de semaine dernière, Jean-Paul Sissler, adjoint à la voirie et au domaine public, se disait plutôt défavorable à la demande de Stéphane Jordan : « nous recevons énormément de demandes commerciales. Il y a quelques années c’était un vélo pour vendre des friandises, on lui a interdit le centre-ville et l’activité s’est arrêtée d’elle-même.

Avec nos services, on essaie de contrôler tout ça, on autorise seulement quand il s’agit d’une demande d’activité temporaire, comme pour “Octobre rose”. Si on accepte une activité pérenne de vélo-taxi, il y en aura combien après ? Nos rues sont déjà encombrées par les groupes de touristes, les deux petits trains qu’on ne veut pas interdire, les bus, les voitures, les vélos, les livraisons… et les trottinettes électriques qui commencent aussi à poser problème. » Mais la porte de l’adjoint n’était pas fermée pour autant 

Ce mardi, nouvelle douche froide pour l’intéressé qui s’est fait signifier, via le secrétariat du maire, le refus net de la municipalité. Stéphane Jordan ne s’avoue pas vaincu et annonce son intention d’écrire au ministère de la Transition écologique.