Altkirch Quelle place pour le vélo ?

Publié dans le panorama le Jeudi 10 octobre 2019 à 05:48:38

© L'alsace, Jeudi le 10 Octobre 2019
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Altkirch Quelle place pour le vélo ?
 

 
Gilbert Nass a cherché où garer son vélo rue Charles-de-Gaulle et n'a trouvé que ce potelet pour l'attacher ! Photo DNA /NBG
« La ville d'Altkirch doit-elle faire une place aux cyclistes ? » : c'est la question que Gilbert Nass veut mettre ce soir sur la table des négociations ! S'il a déjà eu l'occasion de s'exprimer à plusieurs reprises à ce sujet depuis un peu plus d'un an, dans le cadre du lancement de la démarche de concertation Altkirch 2030, il estime que la réunion publique de ce jeudi soir est véritablement le moment opportun pour intégrer pleinement ce point dans le débat sur la circulation et le stationnement.

Comme il est sensible à cette question du vélo en ville depuis de longues années, il ne s'agit pas pour lui d'un aspect annexe de la réflexion mais bien d'une question centrale. « Au début des années 1990, lorsque je prenais la parole dans des débats publics lors de précédentes élections municipales, on me répondait que c'était compliqué, qu'on allait y réfléchir mais qu'avec toutes les collines altkirchoises, le vélo ce n'était pas simple ! Sans doute pouvait-on admettre ce discours il y a presque trente ans, mais les choses et les mentalités ont évolué depuis... », commente l'instituteur retraité. Il espère qu'aujourd'hui, d'autres habitants partagent son point de vue et se mobiliseront pour affirmer la place du cycliste dans le paysage urbain. « Si on veut que les choses changent, il faut le dire maintenant ! », s'exclame-t-il.
Un constat sans appel

Le constat de Gilbert Nass est sans appel : « Aujourd'hui, moi Altkirchois, habitant dans la basse ville, je ne peux pas me rendre à vélo au centre-ville chez l'opticien pour faire resserrer mes lunettes ou aller à la mairie chercher les sacs plastiques pour les déchets à trier, des courses qui ne prennent que quelques minutes. Je n'ai aucun endroit pour garer mon vélo ! Lorsque je me rends à la réunion organisé par la municipalité à la Halle au blé, je n'ai pas de souci pour m'y rendre avec ma voiture, car les places de stationnement ne manquent pas. Mais à vélo, c'est bigrement plus compliqué : la seule possibilité qui me reste est de le cadenasser sommairement contre le grillage de la piscine, sur le trottoir, faute de solution. En espérant ne pas trop gêner les piétons, et avec la crainte d'être verbalisé par la police municipale pour stationnement gênant ». Idem pour les utilisateurs des salles de sport et de la piscine justement : « Il n'y a que peu de possibilités de garer les vélos à proximité, s'il leur venait l'idée saugrenue de s'y rendre sans utiliser la voiture ! »

Lorsqu'on évoque les quelques anneaux pour vélo existants au centre-ville, place de la République et place Xavier-Jourdain, à l'arrière de la Halle au blé, le cycliste souligne qu'ils sont bien trop peu nombreux pour inciter une large population à utiliser la bicyclette, qu'ils sont peu visibles, mal placés sur une chaussée légèrement en dévers ce qui peut voiler les roues à l'usage, et surtout pas sécurisés. « Les vélos et encore plus les vélos électriques ont un coût certain et on a envie de les retrouver en revenant. »

Outre le stationnement difficile du vélo en ville, Gilbert Nass déplore également « qu'aucun enfant altkirchois ne puisse se rendre à l'école des Tuilerie en toute sécurité, car il n'existe pas de couloir, même tracé à la peinture, réservé aux vélos ». Il regrette que l'aménagement récent de la rue de Ferrette et des abords de l'école des Tuileries n'ait pas intégré la donnée « vélo ». « On a loupé le coche pour visualiser une bande cyclable pour qu'on sache où rouler, alors que, dans la contre-allée, il y avait moyen de moyenner. » Ironie de l'histoire, s'il n'y a aucun tracé au sol pour inciter à circuler à vélo et à se sentir en sécurité, quelques attaches vélo, plus pratiques que les anneaux au ras du sol du centre-ville, ont cependant été installées devant l'école... Le constat est le même pour les collégiens et les lycéens, sachant que les éventuels cyclistes doivent cohabiter « avec le cortège incessant des voitures et des bus scolaires aux heures de pointe ».
« Ouvrir la forteresse »

Enfin, Gilbert Nass regrette que les personnes venant de villages voisins ne puissent arriver simplement jusqu'au centre-ville d'Altkirch et pointe un enjeu économique : « Impossible de venir au marché le jeudi ou le samedi matin à vélo, les pistes cyclables pourtant bien fréquentées, même par des papis et des mamies en "bolides électriques" du dernier cri, s'arrêtent au Quartier Plessier ou derrière le cimetière à la sortie vers Aspach. Il manque des traits d'union vers la gare et le centre-ville. Et ne parlons pas des randonneurs, touristes à vélo, avec sacs et tentes sur leurs porte-bagages, qui sont déroutés et perdus dans le trafic de la ville, au moment de monter au camping municipal. De quoi en décourager plus d'un. »

« Il faut changer notre façon de voir les choses ! », estime Gilbert Nass, qui souligne le retour du vélo « grâce à des engins bien équipés et adaptés aux dénivelés, avec des protections qui vont avec ». Évidemment, il est conscient qu'assurer la cohabitation entre tous les usagers de la route, piétons, cyclistes, voitures, engins agricoles, poids lourds, n'est pas chose aisée, mais « s'il y a la volonté d'avancer, c'est jouable ». Il propose de se « mettre à imaginer des possibilités pour ouvrir la "forteresse" d'Altkirch aux vélos » : rallonger les pistes cyclables de Carspach et d'Aspach jusqu'à la gare, créer un « couloir à vélos » allant de la gare à la Palestre, desservant les établissements scolaires, la place Xavier-Jourdain et le camping.

Pour ne pas effaroucher les bonnes volontés, il suggère de « commencer par quelque chose de simple, avec la matérialisation rapide d'un premier couloir cyclable de la gare au centre-ville pour montrer que la cohabitation vélos-voitures est possible ». Pour inscrire le vélo dans le paysage mental altkirchois, en quelque sorte.
Noëlle BLIND-GANDER Y ALLER Ce jeudi 10 octobre, à 19 h, réunion de présentation du plan de circulation et de stationnement de la ville, à la Halle au blé à Altkirch.