Saint-Louis En hommage aux 117 femmes victimes de violences conjugales cette année

Publié dans le panorama le Mercredi 09 octobre 2019 à 06:04:10

© L'alsace, Mercredi le 09 Octobre 2019
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Saint-Louis En hommage aux 117 femmes victimes de violences conjugales cette année
 

 
Les représentantes d'Entraide femmes Haut-Rhin avaient déjà porté la cause de femmes victimes de violences conjugales en avril, lors d'une marche silencieuse entre Saint-Louis et Huningue. Archives DNA /G.M.
Elles avaient déjà lancé une marche silencieuse, en avril, entre le centre de Saint-Louis et l'entrée de Huningue. À cette période, 36 femmes étaient décédées depuis le début de l'année. Trente-six sur le plan national, c'était beaucoup trop ! Mais tellement peu contre les 117 victimes dénombrées à ce jour.

Les membres de l'association Entraide femmes Haut-Rhin se disent maintenant atterrés face à l'ampleur des féminicides ou meurtres conjugaux perpétrés en France. « Nous voulons alerter, faire prendre conscience que cela existe et que c'est un fait de société, qu'au-delà de tout ce qui s'entend, cela peut arriver à n'importe qui », explique Dany Lauton, présidente de l'association huninguoise fondée en 2013.
« L'homme passe à l'acte lorsqu'il a compris qu'il a perdu toute emprise »

Parce qu'elles se refusent à toute forme d'inertie, les représentantes de l'association, militantes depuis de nombreuses années contre les violences faites aux femmes, continuent de sensibiliser la population. Dans ce cadre, elles invitent à un rassemblement silencieux, ce samedi 12 octobre, sur la place Abbatucci au centre de Huningue, entre 14 h 30 et 15 h 30. Une heure « durant laquelle les gens devraient être plus disponibles », estime la présidente. « Si nous ne sensibilisons pas la population, qui va le faire ? » Mais, au-delà de ce temps d'hommage dédié aux 117 victimes et à leurs familles, l'invitation touche également les représentants des pouvoirs publics et les politiques impliqués sur le territoire du sud du département. Toutes les municipalités de la région des Trois frontières ont été informées ainsi que l'ensemble des femmes élues du Haut-Rhin. À ces dernières, l'association a demandé de se joindre au rassemblement vêtues de leur écharpe tricolore. Tandis que les autres participants pourront se munir d'un mouchoir blanc. « Ils doivent prendre conscience de la gravité de ces actes dirigés vers les femmes », insiste la présidente. Elle rappelle au passage qu'entre janvier 2015 et mai 2010, deux femmes de Saint-Louis, Latifa Boukri et Amel Benmahammed, ont été assassinées par leur conjoint.

Samedi, le silence et le recueillement prévaudront sur la place historique de Huningue. Seules des banderoles reprendront les prénoms des 117 victimes. Autant de bougies seront allumées à leur mémoire. Par leur travail de terrain, et 24 heures sur 24, les membres de l'association constatent que toutes les tranches d'âges sont de plus en plus concernées. Elles reçoivent, écoutent et accompagnent en majorité des « femmes âgées entre 21 et 28 ans ». Mais les 30 à 45 ans sont toujours nombreuses et quelques cas de violences intrafamiliales se vérifient aussi chez des femmes de 70 à 80 ans.

Pourtant, un schéma semble récurrent. Dany Lauton témoigne : « Les drames surviennent alors que les épouses ou compagnes sont déjà séparées de leur conjoint ou ex-compagnon. L'homme passe à l'acte lorsqu'il a compris qu'il a perdu toute emprise. » Une des raisons de freiner celles qui voudraient partir, échapper à leur terrible destin, s'en sortir. Dans la circonscription de Saint-Louis/Huningue, l'association entretient de bonnes relations avec le commissariat de Saint-Louis et les forces de l'ordre en règle générale. « Nous avons besoin d'eux et réciproquement. Nous sommes partenaires. »

Cependant, au sein d'Entraide femmes Haut-Rhin, toutes s'accordent sur une priorité : celle qui se rapporte aux premiers contacts des femmes en situation d'urgence avec des policiers ou des gendarmes. Les premiers pas dans un commissariat ou une gendarmerie sont déterminants. La femme qui vient d'être victime de violence n'a rien à voir avec l'individu qui vient déclarer le vol de son vélo. Un accueil privilégié, une écoute de qualité s'imposent mais ne suffisent pas. Céline Richardot, membre de l'association et avocate au barreau de Mulhouse, souligne l'importance « d'orienter les femmes vers le dépôt de plainte plutôt que la main courante ». L'avocate insiste : « Une gifle justifie déjà un dépôt de plainte. »

Parce qu'il faut donner des chances à la plainte d'aboutir, l'association souhaiterait pouvoir accompagner ses protégées durant le dépôt de plainte. Trop souvent, lorsqu'elles se rendent seules au commissariat, elles reviennent sans avoir fait la différence entre une plainte et une main courante. « Les accompagner revient à apporter des éléments, dans certains cas à suggérer ce que la femme, fragilisée, a pu oublier », précisent Dany Lauton et Céline Richardot.

Elles pointent d'autres constats qui mettent à mal la femme violentée. Elles racontent comment une victime peut, au fil d'une enquête, se sentir démunie faute d'informations précises sur les peines qu'encourt son bourreau. Sur son devenir. Elles racontent : « Quand les policiers sont alertés suffisamment tôt, que les violences sont avérées, dans un premier temps l'homme peut être placé en garde-à-vue. Juste après, il arrive que le procureur décide de le convoquer, en comparution immédiate, devant le tribunal correctionnel. Mais si l'affaire est classée sans suite, la femme n'est que très rarement informée de la sortie de l'homme. Quid de la protection mise en place ? Et comment fonctionne la coordination entre police, gendarmerie et parquet ? », s'interrogent-elles.
« Tout est prévupar la loi... sauf qu'elle n'est pas appliquée »

Pourtant, l'avocate en est persuadée : « Tout est prévu par la loi... sauf qu'elle n'est pas appliquée. » L'éviction de l'homme du domicile conjugal : « pas appliquée ! » L'obligation de soins pour le coupable : « pas vue souvent... » Et que dire des médecins « ne remplissant pas correctement les certificats médicaux ? » Les enquêtes durent et le traitement des plaintes par le parquet peut durer plusieurs semaines « sans que nous n'ayons aucune nouvelle ». Une ordonnance de protection peut être demandée. Mais avant que la femme puisse réunir tous les documents nécessaires, « nous sommes malheureusement déjà très loin de l'urgence ! » Et de constater que « si la loi a bien évolué, sa mise en application a régressé ».
Ghislaine MOUGEL Y ALLER À Huningue, le samedi 12 octobre de 14 h 30 à 15 h 30, sur la place Abbatucci : rassemblement de l'association Entraide femmes Haut-Rhin pour honorer la mémoire des 117 femmes victimes de leur conjoint ou ex-conjoint depuis le début de l'année. Contact et infos : 07.81.90.56.20 (24 h/24). Entraidefemmes68@gmail.com ou sur Facebook : marie joanes.