Saisir la grappe pour sortir du RSA

Publié dans le panorama le Mercredi 11 septembre 2019 à 05:44:05

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Social  Vendanges
Saisir la grappe pour sortir du RSA
Reconduite pour la deuxième année dans le Haut-Rhin, la possibilité de cumuler le revenu de solidarité active avec un salaire de vendangeur a bénéficié à 187 personnes en 2018, dont un tiers est, depuis, sorti du RSA. Le dispositif sera étendu à la récolte des fraises et des asperges en 2020.
 

 
Cumuler le RSA et une paye de vendangeur ? C'est possible en Alsace et cela fonctionne bien.
Plus de cent allocataires haut-rhinois du revenu de solidarité active (RSA) se sont déjà portés candidats aux vendanges 2019, qui n'ont commencé que mercredi dernier en Alsace.

En 2018, ils avaient été 187 à profiter de la possibilité, nouvelle dans le département, de cumuler le RSA avec les revenus de cette activité saisonnière.
« Les résultats sont là »

Cet assouplissement doit permettre aux allocataires du RSA de retrouver le chemin de l'emploi et aux viticulteurs d'avoir accès à « une main-d'oeuvre locale », qui se fait plus rare. La présidente du conseil départemental, Brigitte Klinkert, parle de « dispositif gagnant-gagnant », qui, en outre, ne coûte rien à la collectivité, et s'avère d'autant plus efficace qu'il se traduit par des démarches administratives simplifiées pour les deux parties.

« Les résultats sont là », ajoute Brigitte Klinkert. Le tiers des 187 allocataires ayant participé aux vendanges l'an dernier sont aujourd'hui sortis du RSA.

Le lien de cause à effet n'est pas généralisable, en l'état de la statistique départementale, mais les partenaires du dispositif - Pôle Emploi, la Caisse d'allocations familiales, la Mutuelle sociale agricole, le Centre d'information et d'aide à la recherche d'emploi (Ciarem)... - donnent des exemples concrets et sont unanimes à souligner les bienfaits d'une telle transition.

Rompre le cercle vicieux de l'inactivité, aller à la rencontre d'autres personnes (amorce éventuelle d'un réseau, vecteur d'embauche), faire la preuve de son volontarisme sont autant de signaux forts, pour se redonner confiance à soi-même et séduire de potentiels employeurs.

Directrice en charge de la solidarité au conseil départemental, Dorothée Martin étend ces vertus à l'ensemble du dispositif RSA/bénévolat, mis en place par le Haut-Rhin en 2017, dans un contexte polémique. « Il faut oser bousculer les idées reçues et dépasser certains conservatismes », conclut aujourd'hui Brigitte Klinkert.

La présidente peint son département en modèle d'« innovation sociale », même si le cumul RSA-vendanges est en place depuis une dizaine d'années déjà dans la Marne, depuis 2015 dans le Rhône.

D'autres départements ont certes suivi, notamment le Bas-Rhin, où le dispositif a été expérimenté dans le seul secteur de Barr en 2018, avant d'être étendu au reste du vignoble cette année : un manque de coordination que regrette Simone Kieffer, chargée de mission à l'AVA (Association des viticulteurs d'Alsace), pour qui « la viticulture doit être gérée régionalement ».
« Autant d'argent à mettre ailleurs »

Dans le Haut-Rhin, la possibilité de cumuler RSA et revenus ponctuels sera étendue l'an prochain à la récolte des fraises et des asperges, a annoncé hier Brigitte Klinkert. Se targuant de multiplier les initiatives pour résorber le décalage entre le besoin d'insertion et la demande des chefs d'entreprise - 20 000 emplois sont à pourvoir dans le département -, elle espère que le nombre d'allocataires du RSA va poursuivre sa décrue dans le périmètre qui relève de sa compétence : il s'est stabilisé autour de 14 800, après une baisse de 17% entre début 2016 et mi-2018.

Cela se traduit par une économie de 4 à 5 millions d'euros par an, « autant d'argent à mettre ailleurs ».
Olivier BRÉGEARD

 

 
 

 

« On n'a pas trop de mal à trouver du monde »
D'une semaine à l'autre, le nombre de postes de vendangeurs proposés en Alsace n'a guère évolué, passant de 2060 à 2100, indique François Picard, directeur de l'agence Pôle Emploi Colmar-Lacare, qui pilote la cellule Alsace Vendanges. En revanche, le cumul des « mises en relation » a grimpé de 1236 à 1900, et 800 appels ont été traités au cours de la semaine écoulée.

Du côté de l'AVA, Simone Kieffer indique que l'association « n'a pas reçu d'appels au secours » de viticulteurs à la peine pour recruter. Au domaine Dirler-Cadé, à Bergholtz, où les vendanges sont 100 % manuelles et nécessitent 25 embauches, « on n'a pas trop de mal à trouver », observe également Ludivine Dirler. Étudiants, chômeurs, retraités, ils viennent de différents horizons, et souvent reviennent.

C'est le cas de Thomas, 29 ans, qui habite à Soultzmatt. Un dossier d'inscription au lycée égaré, puis le décès de son père l'ont privé de formation et amené à enchaîner les petits boulots, dans le BTP et les métiers de bouche. Jusqu'à ce qu'en 2012, un ami lui propose de faire les vendanges au domaine Ziegler-Fugler à Orschwihr. « Ça m'a tout de suite plu. »

Michel Fugler l'a gardé durant quelques mois supplémentaires, pour l'arrachage du bois puis le palissage. Thomas est resté fidèle aux vendanges, désormais chez les Dirler, où il est sous contrat depuis quelques mois déjà, ce qui lui a permis de sortir du RSA. « Après ces vendanges, je ne sais pas ce que je vais faire... J'aimerais rester dans ce domaine, être formé sur le tas. » Ayant également perdu sa mère, le jeune homme, célibataire, essaie d'économiser pour passer le permis de conduire. En attendant, il vient travailler, chaque matin, à vélo.