Il y a un an, la disparition de Sophie Le Tan

Publié dans le panorama le Jeudi 05 septembre 2019 à 06:29:28

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Il y a un an, la disparition de Sophie Le Tan
 

 
Il y a un an Sophie Le Tan, jeune étudiante de 20 ans, disparaissait alors qu'elle avait rendez-vous pour visiter un appartement à Schiltigheim Photo DNA /Jean-François BADIAS
Le 7 septembre 2018, Sophie Le Tan une jeune femme, sérieuse, à la bonne humeur contagieuse devait fêter ses 20 ans auprès de ses parents à Cernay. Mais au préalable, en début de matinée, la jeune étudiante - qui préparait sa rentrée en licence Economie et Gestion à l'université de Strasbourg - avait programmé la visite d'un appartement à Schiltigheim, après avoir répondu à une petite annonce publiée par un particulier. Elle n'a plus donné signe de vie depuis lors.
Du sang en quantité importante dans la salle de bains

Les investigations de la Direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ) de Strasbourg ont rapidement mené les enquêteurs sur la piste de Jean-Marc Reiser, un homme de 58 ans domicilié rue Perle à Schiltigheim, à quelques mètres à peine du lieu de rendez-vous où patientait Sophie Le Tan. Décrit comme solitaire, parfois oppressant, Jean-Marc Reiser présente un lourd passé judiciaire et son profil interroge.

Les premiers soupçons ont été corroborés par les éléments de police technique et scientifique diligentés sur place. Dans le studio de cet ancien fonctionnaire du Crous, situé au 6e et dernier étage du bâtiment, les enquêteurs de la PJ ont découvert du sang de l'étudiante en quantité importante dans sa salle de bains, malgré un nettoyage appuyé.

Interpellé le 15 septembre et mis en examen deux jours plus tard des chefs d'assassinat, enlèvement et séquestration, Jean-Marc Reiser finissait par admettre lors de deux interrogatoires devant la juge d'instruction Eliette Roux, le 5 octobre et 28 mars derniers, avoir croisé fortuitement Sophie Le Tan près de son domicile le jour de sa disparition. Selon sa version, l'étudiante présentait alors une plaie sanguinolente à la main. Il l'aurait emmenée dans son appartement et soignée. Sophie Le Tan serait ensuite repartie d'elle-même, vivante.

Au fil des mois, de nouvelles preuves sont pourtant venues alourdir le dossier. Les expertises, conduites par l'Institut national de police scientifique (INPS), ont en effet révélé la présence de traces de sang de Sophie Le Tan sur des chaussures appartenant à Jean-Marc Reiser, mais aussi sur le manche d'une scie dans la cave du principal suspect, sur du linoléum dans son appartement et sur l'une de ses vestes, au niveau des poignets du vêtement.
Des recherches dans les secteurs boisés restent vaines

Les intenses recherches menées depuis un an par les policiers de la DIPJ, y compris dans les secteurs boisés et des plans d'eau de la région, n'ont pour l'heure pas permis de retrouver la jeune femme. Fils de garde forestier, Jean-Marc Reiser possède une bonne connaissance des secteurs montagneux de la vallée de la Bruche et des Vosges du Nord. Leur exploration n'a pas permis de trouver d'éléments susceptibles de faire avancer l'enquête. Conjointement, des bénévoles regroupés autour du collectif citoyen baptisé « On lâche rien » ont participé à de nombreuses fouilles et battues.

Au sein de la DIPJ, six enquêteurs de la brigade de la répression des violences aux personnes demeurent mobilisés pour faire le clair sur l'affaire et travaillent de concert avec l'office central de répression des violences aux personnes (OCRVP). Sur la centaine d'éléments envoyés en laboratoire, certains sont toujours en cours d'analyse. La police judiciaire examine également le passé du principal suspect, afin d'étoffer les éléments biographiques et de déceler d'éventuels liens avec d'autres agressions ou disparitions. Raison pour laquelle il a été effectué une deuxième perquisition, fin juin, à son domicile schilikois.

Le principal suspect devrait être réentendu au cours de l'automne par la juge d'instruction, avant une possible clôture de l'instruction courant 2020. « Quelques expertises restent à encore à rentrer, confie Me Gérard Welzer, conseil de la famille Le Tan. La défense a également demandé des contre-expertises. Et puis Jean-Marc Reiser n'a pas encore été interrogé sur la présence de traces de sang de Sophie sur une paire de chaussures et sur sa veste. »

Malgré des charges qui s'accumulent, Jean-Marc Reiser, lui, persiste à nier être impliqué dans la disparition de Sophie Le Tan.

« Nous n'attendons rien de M. Reiser. Il ne dira jamais rien, je suis persuadé qu'il y trouve même du plaisir », observe l'avocat des parties civiles. « Pour la famille, c'est un calvaire permanent ! Comment commencer un travail de deuil alors qu'ils ne connaissent pas la vérité et ne savent pas où se trouve Sophie ? »
Céline LIENHARD PLUS WEB Notre dossier long format sur le site www.lalsace.fr