Du raisin à point pour faire de la bulle

Publié dans le panorama le Jeudi 05 septembre 2019 à 06:20:43

© Dna, Jeudi le 05 Septembre 2019
Droits de reproduction et de diffusion réservés
Télecharger la version PDF

 

vignoble  Vendanges
Du raisin à point pour faire de la bulle
Les précipitations aoûtiennes ont sans doute sauvé une récolte qui s'annonce, pour l'heure, satisfaisante, du moins pour les crémants dont la récolte a débuté hier. La maturation des raisins s'est accélérée d'une manière extraordinaire à la fin du mois dernier.
 

 
André Biehlmann, coopérateur basé dans la Hart à Colmar a récolté hier matin les premiers pinots dédiés à l'élaboration des crémants.
Des vendangeurs, des comportes et des tracteurs ont fait leur apparition dans les secteurs viticoles réputés précoces, comme Scherwiller et la Harth colmarienne. Marc Biehlmann, coopérateur, et sa dizaine de petites mains, ont débuté la campagne de récolte ouverte officiellement hier par une parcelle de pinot noir, au coeur de la Harth. « Mes analyses indiquent un potentiel de 10,5 à 11 degrés d'alcool ; c'est largement bon pour le crémant », expose le viticulteur. Dans les rangs, le tri n'est pas nécessaire, tant la majorité des baies présente une coloration soutenue, un bel aspect.
Des baies juteuses

Le sucre domine mais les acidités sont bien vives lorsqu'on met en bouche des raisins plutôt généreux en jus. Les pluies d'août ont été salvatrices (bien que disparates), un coup de chance météorologique qui a donné des ailes au cycle végétatif de la vigne, comme en témoigne la coloration du feuillage. « La sécheresse a quand même fait quelques dégâts ; on voit çà et là des raisins avortés », relève l'oenologue de la cave Geiler, Nicolas Garde. De petits foyers de pourriture sont apparus, justement à la faveur de précipitations intenses (Colmar a reçu 200 mm de pluies en août) et de températures élevées. D'où une « certaine fragilité de la vendange », complète Eric Meistermann, responsable de l'antenne colmarienne de l'IFV (Institut français de la vigne et du vin).

Mais ces foyers s'atténuent avec le temps sec et la fraîcheur des températures. L'IFV préconise de « ne pas se précipiter » pour récolter car même si les degrés sont là, il y a encore « un décalage au niveau des arômes », souligne Eric Meistermann, faisant référence à la date de récolte des vins tranquilles arrêtée le 12 septembre.

De la fraîcheur, parlons-en, car il en faudra en septembre pour préserver les acidités dont la combustion dépend pour beaucoup de facteurs météorologiques. Tout le monde semble avoir été « surpris » par la rapidité des maturations.
Deux degrés en 7 jours

Gavée d'eau, la vigne a repris du poil de la bête d'une manière spectaculaire. Pour preuve ? Entre les deux relevés de maturité réalisés par la cave coopérative d'Ingersheim, entre le 21 août et le 28 août, les pinots auxerrois ont mûri à vitesse grand V. « On a pris 2 degrés en 7 jours, c'est énorme, » confirme Nicolas Garde. Ce qui pourrait être dommageable, c'est l'effondrement des acidités et des pH ; ces deux valeurs fondamentales pour les oenologues ont tendance à reculer trop rapidement.

Cela dit, « tous les ingrédients sont réunis pour élaborer de beaux crémants, et j'y inclus les rendements plus que raisonnables ». Pour Eric Meistermann, 2019 se rapproche pour l'heure de la très belle année 2008, appréciée justement pour ses équilibres hors du commun, sucre, acidité, alcool.
Jean Daniel KIENTZ VOIR Nos reportages vidéo sur DNA. fr

VOIR Nos reportages vidéo sur DNA. fr