L'AfD s'enracine dans l'ex-RDA

Publié dans le panorama le Mardi 03 septembre 2019 à 06:17:37

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L'AfD s'enracine dans l'ex-RDA
 

 
L'AfD obtient ses meilleurs résultats électoraux dans l'ex-RDA. Photo John MACDOUGALL/AFP
Berlin.- De notre correspondant

Trente ans après la réunification de l'Allemagne, les différences économiques entre les deux parties du pays se traduisent désormais dans les urnes. L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) est devenue LE parti de l'Est, en capitalisant les frustrations. 66  % des électeurs des territoires de l'ancienne RDA disent se sentir comme des citoyens de deuxième classe de la République fédérale. La proportion monte à 78 % chez les électeurs de l'AfD, parmi lesquels 250 000 abstentionnistes des dernières élections. Un sentiment de déclassement conforté par la «une» post-colonialiste du Spiegel de la semaine dernière caricaturant l'Ossi en beauf à bob noir, rouge et jaune. Le vote de dimanche dans le Brandebourg et la Saxe est un bras d'honneur à la partie ouest du pays.

Certes, l'AfD n'obtient pas beaucoup plus de voix en Saxe pour cette élection régionale que pour les élections nationales de 2017 (27,5 % contre 27 %). Mais «l'Alternative» a réussi à améliorer son score malgré la concurrence de trois autres listes de la droite extrême, dont celle de son ancienne dirigeante, Frauke Petry. Malgré aussi la campagne également très à droite du candidat de la CDU, très ferme sur l'immigration et la sécurité. Michael Kretschmer, à rebours de la position de son parti au plan national favorable au maintien des sanctions contre la Russie, s'est également affiché au côté de Vladimir Poutine, idole de l'extrême droite.
« L'AfD pourrait en profiter pour accroître son influence à l'Ouest »

Pour se différencier, l'AfD n'a pas hésité à radicaliser son discours. Alexander Gauland, l'une des deux têtes de l'exécutif national, a vanté en meeting «l'homogénéité ethnique de la population de la Saxe». Il a également affirmé qu'il souhaitait une «Machtergreifung», expression en allemand qui désigne la prise de pouvoir par Hitler. La tête de liste dans le Brandebourg, Andreas Kalbitz, a confirmé sa participation à une marche néo-nazie à Athènes en 2007. Les participants allemands avaient hissé le drapeau à croix gammée sur la façade de leur hôtel. Les références explicites au IIIe Reich n'ont pas rebuté les électeurs, pas même les plus jeunes. Dans la Saxe et le Brandebourg, le parti d'extrême droite a capté respectivement 30 % et 22 % des votes des moins de

30 ans. C'est une autre différence avec l'ouest du pays, où un jeune électeur sur trois a voté pour les écologistes aux européennes de mai dernier. Cette fonction de canalisation des colères, d'aimant à frustration, pourrait ne pas rester l'apanage de l'Est selon le politologue Jürgen Falter, interrogé par le journal Bild : «L'AfD a le potentiel pour devenir le parti de protestation pour toute l'Allemagne. Si la situation économique se dégrade et que le chômage monte, l'AfD pourrait en profiter pour accroître son influence à l'Ouest».
David PHILIPPOT