Le « mouvement de fond »de l'inclusion

Publié dans le panorama le Mardi 03 septembre 2019 à 06:06:41

© L'alsace, Mardi le 03 Septembre 2019
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Le « mouvement de fond »de l'inclusion
 

 
Séverine Pradel, l'une des deux professeurs coordonnateurs, est à l'écoute de ses élèves pour les faire progresser dans leurs fondamentaux. Photo L'Alsace /Vanessa MEYER
Comme tous les collégiens ce lundi, ils ont fait connaissance entre eux et découvert leur emploi du temps. Mais un emploi du temps provisoire puisque les élèves des deux Ulis (unités localisées pour l'inclusion scolaire) du collège Molière, à Colmar, rejoindront bientôt certains cours - arts plastiques ou technologie, langues ou éducation musicale... - en fonction de leurs capacités et de leurs souhaits.

Ces quelque 20 élèves de la 6e à la 3e ayant des troubles des fonctions cognitives, donc plus de difficulté à mémoriser et à s'organiser, bénéficient tous d'un projet personnalisé de scolarisation (PPS), basé sur la notification d'une équipe pluridisciplinaire de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH), avec l'aval des parents concernés.

« Pour chacun d'eux on va définir un temps d'inclusion et en discuter avec les collègues », indiquent Séverine Pradel et Claudio Martino, les deux professeurs coordonnateurs qui travaillent au quotidien avec deux AESH (accompagnants d'élèves en situation de handicap), Barbara Hamm et Nuray Haydin.

Il s'agit de faciliter l'adaptation, d'expliquer la réserve d'un élève, la manière d'attirer l'attention d'un autre, de multiplier les consignes... Une attention particulière, des outils et des gestes pédagogiques d'ailleurs « transférables dans les classes pour tous les élèves à besoin particuliers ».
Développer l'autonomieet le projet d'orientation

Si les jeunes d'Ulis n'ont pas le niveau suffisant pour suivre des cours de maths et de français au collège, il y a « de belles réussites en éducation physique et sportive, par exemple, et cela leur fait du bien ». En 4e et en 3e, ils découvrent aussi les champs professionnels dans les ateliers de Segpa, jusqu'à y passer la moitié de la semaine, sans oublier des stages en milieu professionnel.

La plupart se préparent ainsi à poursuivre en CAP, avec l'appui d'une Ulis de lycée professionnel, plus rarement en IMPro (Institut médico-professionnel). Car le but, rappelle Nicole Forget, inspectrice chargée de l'adaptation scolaire et de la scolarisation des élèves handicapés (ASH) dans le Haut-Rhin, « est de développer l'autonomie et la compréhension du projet d'orientation », sans quoi l'inclusion scolaire ne serait qu'« illusion ».

Le parcours personnalisé des élèves est réévalué chaque année par une équipe de suivi, autour de l'enseignant référent, en lien avec d'autres professionnels (psychologues, orthophonistes...). « Cette liaison est essentielle, en accord avec les parents. C'est au collège que les chemins se font, qu'ils voient qu'il y a des possibilités de réussite », de quoi anticiper ce à quoi les jeunes « seront confrontés dans leur vie d'adulte », en tant que « membre à part entière de la société », développe le principal Sébastien Lorentz.
S'adapter aux enfantsplutôt que l'inverse

Un chef d'établissement qui « joue le jeu » de l'inclusion, ainsi que toute l'équipe éducative du collège, comme le saluent les professeurs coordonnateurs. Cette année, le Molière accueille deux autres élèves en situation de handicap, en classe ordinaire avec un accompagnant, de même que, ponctuellement, des enfants d'établis-sements socio-médicaux du sec-teur (lire ci-dessous).

Depuis la loi sur le handicap de 2005, l'inclusion scolaire ne cesse de se développer, ainsi que ses différents dispositifs, dont les Ulis, de l'école au lycée, qui concernent dans les 2 700 élèves de l'académie (chiffres de l'Éducation nationale de 2016-2017). Le principe n'étant « pas que tous les élèves accèdent aux objectifs de l'école ordinaire », mais qu'ils y aient plutôt une place « avec un programme personnalisé », défend Nicole Forget, ainsi que cela se fait ailleurs, en Italie ou dans les pays scandinaves.

Pour l'inspectrice, « l'inclusion est un mouvement de fond » : « Il y a la nécessité d'une montée en puissance des compétences, par des formations, mais aussi d'un autre regard. Notre école est très normée : il faudrait changer de paradigme, pouvoir nous adapter aux enfants, plutôt que l'inverse, en interrogeant nos méthodes... »
Catherine CHENCINER