L'indéfinissable notion d'ethno-région

Publié dans le panorama le Dimanche 25 août 2019 à 07:49:24

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Point de vue
L'indéfinissable notion d'ethno-région
Le Pr Robert Hertzog, qui enseigna à l'université de Strasbourg (il est agrégé de droit public et de science politique),conteste la notiond'ethno-région qui revient à intervalles réguliers dans les débats surl'identité alsacienne.
 

 
Par Robert HERTZOG

« Si des mouvements politiques peuvent avoir des revendications à caractère identitaire, éventuellement appuyées sur une langue régionale, la notion d'« ethno-région » ne veut rien dire. Quels en seraient les critères objectifs ? La Sicile, les Baléares ou Madère sont-elles des ethno-régions parce qu'elles ont un profil culturel original ? Et la Bavière, la Bretagne ou l'Alsace de 2015 ?
Amalgame

Il n'est pas admissible de faire un amalgame avec des mouvements sécessionnistes (Catalans, Flamands, Écossais, Irlandais, Basques ou Corses) qui sont nationalistes et qui revendiquent toujours plus d'autonomie non pas parce qu'ils mettent en avant la langue ou la culture, mais parce que leur exigence de fond est la souveraineté, degré ultime de l'autonomie.
Pas moins de 276 régions dans l'Union européenne

Souvent, les motivations économiques (refus de péréquation financière, de solidarité des systèmes sociaux) sont tout aussi déterminantes. Analyser le régionalisme à travers ces cas particuliers déforme le débat car, comparées au nombre de régions en Europe (276 dans les 28 États de l'UE et plus de 400 dans les 47 États membres du Conseil de l'Europe), celles qui sont agitées de mouvements nationalistes sont peu nombreuses et plutôt en voie de pacification. Traiter d'ethno-régionalistes ceux qui soutiennent qu'une région doit correspondre à une communauté humaine qui s'y reconnaît une volonté de vivre ensemble est une opinion, certainement pas un savoir académique.

L'affirmation que le régionalisme éloignerait de la nation est tout aussi approximative. Si elle vaut pour les mouvements nationalistes cités ci-dessus, elle ne s'applique ni dans les pays fédéraux, Suisse, Autriche ou Allemagne, ni dans les centaines de régions européennes dont on n'entend jamais parler, à moins d'avoir une conception intégriste de la nation, fantasmée comme l'ethnie qui remplace toutes les autres. De même qu'on n'est pas moins alsacien parce qu'on est colmarien ou haguenovien, on n'est pas moins français parce qu'on est breton ou chti, à moins de soutenir qu'il faut pour cela n'avoir aucune racine et venir de nulle part ! Les études économiques, notamment celles publiées par l'OCDE, sur les régions, les petits États ou les métropoles montrent que l'efficacité économique et le bien-être sont supérieurs là où existe un sentiment de communauté qui favorise les synergies entre les acteurs.

La coopération de l'Alsace avec les régions allemandes et suisses du Rhin supérieur apporte de plus grands bénéfices à la France que le Grand Est qui entretient entre ses composantes une compétition acharnée, le plus souvent au détriment de l'Alsace et spécialement de Strasbourg.

Voir des dangers pour la cohésion nationale dans la Collectivité européenne d'Alsace ou une région Alsace est risible face à ceux que représentent les communautarismes, dont l'islamisme politique, les mafias internationales qui s'infiltrent dans les rouages économiques, ou l'emprise d'un capitalisme hors sol qui dévore nos entreprises et produit une ravageuse sous-culture à travers des réseaux sociaux plus puissants que les systèmes d'enseignement ou les doctrines politiques qui fondent le vivre ensemble depuis deux siècles.

Alors que la fracture des territoires devait être réparée par les réformes récentes (métropoles, grandes communautés de communes, régions fusionnées), celles-ci ont détruit des solidarités séculaires pour les remplacer par d'opaques structures bureaucratiques. Ne pas voir que les grandes régions défont la cohésion sociale et politique est un incompréhensible aveuglement. »