Amélie Kammerer, pédagogue de nature

Publié dans le panorama le Vendredi 09 août 2019 à 08:03:47

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Amélie Kammerer, pédagogue de nature
 

 
Amélie Kammerer dans le verger pédagogique du Luppachhof où elle a effectué son animation-test autour du futur rucher-école. Photo L'Alsace
S'estime-t-elle engagée à l'instar d'un certain nombre de jeunes lors des marches pour le climat ? Amélie Kammerer, 23 ans, répond, modeste et presque embarrassée : « Je ne me vois pas bouger les gens à l'international, mais j'espère être sur la bonne voie avec de petites actions comme manger bio... » Et comme « transmettre un savoir », l'éducation à l'environnement étant à ses yeux « un préalable » incontournable.

En stage jusqu'en juillet à la ferme pédagogique du Luppachhof à Bouxwiller, dans le Sundgau, dans le cadre d'un BTS de gestion et protection de la nature, elle a eu l'occasion d'en vérifier la portée. « Quand les parents disent lapinou pour le petit du lapin, un gentil surnom qu'on trouve dans les histoires, ou qu'ils croient que les coqs pondent des oeufs, comment voulez-vous que les enfants sachent ? », s'étonne-t-elle.
« Quoi de mieux qu'une ferme pédagogique ? »

Le Luppachhof, la jeune femme de Froeningen l'avait découvert petite, sans vraiment s'en souvenir. « Ma mère m'y avait emmenée, j'ai eu des flashs en faisant des animations avec les enfants, j'avais été marquée par la traite des chèvres. » Elle a « toujours été en contact avec la nature : on partait en randonnée avec les parents, on faisait beaucoup d'activités extérieures, du ski, du cheval... » Son oncle était agriculteur, ses grands-parents avaient une ferme, elle a grandi « entourée d'animaux ».

Titulaire d'un bac professionnel en accompagnement, soins et services à la personne, Amélie Kammerer s'imaginait « travailler avec des enfants » sans avoir tout à fait trouvé le chemin de sa vocation. Elle a envisagé un temps d'être monitrice d'équitation, « un milieu très fermé par l'argent et sexiste ». C'est lors d'études en diététique, dont elle est également revenue, qu'elle s'est intéressée à « l'origine des aliments ».

« Quoi de mieux qu'une ferme pédagogique pour ça ? », s'est-elle dit, avant de se présenter, en 2017, pour un service civique au Luppachhof, qu'elle a « adoré », puis d'y revenir, l'été dernier, comme bénévole. Initiée aux rudiments de l'apiculture en cours de BTS, elle qui veut « tout découvrir » par elle-même a pu répondre à la demande de l'équipe de monter une animation autour d'un rucher-école.

« J'ai tout de suite accroché. Entendre des abeilles bourdonner, c'est impressionnant et ce n'est pas commun de s'occuper d'animaux qui piquent ! », admet l'étudiante qui met tout en oeuvre pour communiquer son enthousiasme à un jeune public. « Il faut amener les choses par étapes. Pour la traite des chèvres, j'encourage d'abord les enfants à les caresser. Mais des abeilles, on ne peut pas les approcher comme ça et s'ils connaissent peu la ferme, ils en savent encore moins sur les insectes... »

Aussi passe-t-elle par un support et une présentation ludiques, le tout fabriqué sur place par un collègue, pour expliquer les étapes de développement des abeilles, leurs métiers dans la ruche, leur rôle dans l'environnement. Sans oublier un atelier de fabrication du miel. « Ils pourront même repartir avec un petit pot à la maison », détaille-t-elle, feuilletant le cahier d'écolier dans lequel elle a consigné l'ensemble de son projet.
« Aller dans la nature,c'est du concret »

Pour Amélie Kammerer, « aller dans la nature, c'est du concret et, au-delà des articles de presse, le mieux est de rencontrer des gens qui savent démêler le vrai du faux ». Bientôt de retour à son lycée de Vic-en-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées, elle poursuivra son parcours dans ce sens, prévoyant de monter un projet étudiant « autour du low tech, des villages qui ne veulent plus dépendre du système, qui cherchent des alternatives, qui produisent leurs légumes, leur énergie... »

À se remémorer les bonshommes de neige de son enfance sundgauvienne, elle ne peut « que s'inquiéter » du réchauffement climatique. « Il faut agir maintenant ! Cela commence et on va y arriver, mais on ne peut pas forcer les gens, il faut les sensibiliser, les amener à réfléchir. »

Elle s'y efforce difficilement auprès de son grand-père, « qui a du mal à comprendre qu'il faut produire en étant plus responsable ». « Cette génération a eu accès à la technologie, nous on a déjà tout ça, comprend-elle. Il ne s'agit pas de revenir au Moyen Âge, mais d'inclure le respect de la planète, en ayant recours à l'énergie solaire, par exemple. »

En ce qui la concerne, elle y est prête. Elle espère approfondir sa formation en licence professionnelle de médiation scientifique et éducation à l'environnement, et travailler dans le domaine de l'animation nature. Avec son compagnon, elle se verrait bien ouvrir « une structure d'animation ou une ferme pédagogique » dans le Sud, « manger ce qu'on récolte et produit, protéger la nature ». Naturellement convaincue que « ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières »...
Textes : Catherine CHENCINERPhotos : Thierry GACHON LIRE Le cinquième voletdans L'Alsace du samedi 10 août :Colin Wagner, guidé par « une urgence vitale ». PLUS WEB Notre vidéo sur le site internet : www.lalsace.fr