L'entrée rapide des réfugiés sur le marché du travail

Publié dans le panorama le Vendredi 09 août 2019 à 07:54:16

© Dna, Vendredi le 09 Aout 2019
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Allemagne  Intégration
L'entrée rapide des réfugiés sur le marché du travail
Une étude montre que l'intégration des réfugiés au marché du travail se passe plus vite que prévu. Si l'impact est positif dans les emplois les moins qualifiés, la moitié de ces travailleurs trouve aussi une place dans les emplois spécialisés.
 

 
Plongée au coeur d'une aciérie à Thuringe, en Allemagne de l'Est.
« Les Syriens et les Afghans atténuent la crise de l'apprentissage » : le titre barrait jeudi la une du quotidien Die Welt. 241 000 places d'apprentis (une entreprise sur trois) ne trouvent pas preneurs mais l'enrôlement des jeunes Orientaux limite un peu la « misère », en français dans le texte de l'article. Alors que les jeunes Allemands, de plus en plus attirés par les études supérieures, tournent le dos aux emplois manuels, le nombre de jeunes Syriens et Afghans en contrat d'apprentissage atteint désormais 13 500, soit 14,8 % du total. Chez les jeunes femmes, les effectifs ont quasiment doublé en une année, alors que le nombre de candidates recule globalement.
23 milliards par an dans la formation de la main-d'oeuvre

La secrétaire d'État chargée de l'intégration, Annette Widmann-Mauz, a salué dans Die Welt cette évolution « dans l'intérêt de la société » car « cette augmentation signifie aussi plus de contacts sociaux ». Un enjeu de poids dans un pays qui investit 23 milliards par an dans la formation de sa main-d'oeuvre. Hans-Peter Wollseifer, président de l'association des artisans allemands, souligne que « l'employeur et l'employé doivent savoir faire preuve de persévérance, car l'intégration par le travail est un processus complexe ».

Dans les grandes lignes, le marché du travail allemand rencontre du succès dans cette entreprise, selon une étude publiée cette semaine par l'institut de recherche sur l'emploi (IAB). 36 % des réfugiés en âge de travailler vivant en Allemagne depuis 2015 sont en situation d'emploi (formation, apprentissage, travail). « C'est bien plus rapide, un an environ, que ce que nous avions observé lors des précédentes migrations de masse », se réjouit Herbert Brücker. Le directeur du département migration à l'IAB détaille les domaines occupés par ces 400 000 personnes : « gastronomie, sécurité, nettoyage, bâtiment, soin à la personne ».

Une réelle surprise saute aux yeux à la lecture de l'étude : la moitié d'entre eux a aussi trouvé sa voie dans des emplois qualifiés ou spécialisés. « C'est un chiffre étonnamment élevé quand on se rappelle que seul un réfugié sur cinq déclarait un diplôme professionnel ou universitaire en arrivant ici », commente encore M. Brücker, « mais c'est dû au fait que dans certains pays, on n'apprend pas certains métiers à l'école, on apprend sur le tas. Garagiste en Syrie par exemple ». La part des migrants employés comme médecins ou chercheurs est inférieure à 8 %. Une intégration professionnelle accélérée d'autant plus surprenante que la barrière de la langue était plus élevée que pour les réfugiés des Balkans arrivés dans les années 90.
À Berlin, David PHILIPPOT