Salvini veut des élections très vite, le gouvernement vacille

Publié dans le panorama le Vendredi 09 août 2019 à 07:54:04

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Salvini veut des élections très vite, le gouvernement vacille
 

 
L'opposition de droite et de gauche à la coalition populiste a appelé à une démission du chef du gouvernement Giuseppe Conte. Photo Vincenzo PINTO/AFP
Coup de tonnerre au sein du gouvernement italien. Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur italien et chef de la Ligue (extrême droite) a réclamé jeudi soir des élections anticipées le plus « rapidement » possible, menaçant de provoquer l'éclatement de la coalition au pouvoir. « Allons tout de suite au Parlement pour prendre acte qu'il n'y a plus de majorité [...] et restituons rapidement la parole aux électeurs », a-t-il exigé dans un communiqué. Il a également fait part de son souhait au président du Conseil Giuseppe Conte.
Quel a été le déclencheur de la crise ?

Lors du dernier vote parlementaire mercredi avant la pause estivale, le Mouvement 5 Étoiles (anti-système) de Luigi di Maio a voté contre le projet de ligne à grande vitesse Lyon-Turin, fermement soutenu par la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite).

L'opposition de droite et de gauche à la coalition populiste a appelé à une démission du chef du gouvernement Giuseppe Conte, estimant qu'il n'y avait « plus de majorité » au Parlement.

Le très populaire Matteo Salvini, pointé du doigt comme instigateur de la crise, a laissé planer le doute sur ses intentions. Au lieu de démarrer en fanfare le tour des plages qu'il avait annoncé, il s'est enfermé avec M. Conte pour une longue discussion.

Le soir, lors d'un meeting à la station balnéaire de Sabaudia, il s'est contenté de lâcher : « Quelque chose s'est brisé dans la majorité ces derniers mois », alimentant les spéculations qui allaient déjà bon train sur un risque d'éclatement de la coalition. Illustration de ces tensions, le « spread » qui mesure l'écart entre les taux des dettes italiennes et allemandes (la référence) à 10 ans s'est creusé jeudi matin à 206 points, contre 199 la veille.
Que va-t-il se passer dans les prochains jours ?

Matteo Salvini va poursuivre son « beach tour », qui doit le voir enchaîner selfies, cocktails et kermesses politiques dans sept régions côtières, jusqu'à la Sicile dimanche. Jusqu'à ce jeudi, selon les médias italiens, il avait posé des conditions pour rester au sein de l'alliance : le départ de trois ministres et un nouveau pacte incluant la « flat tax », un impôt sur le revenu unique, et une plus grande autonomie des régions.

Parmi les trois ministres dans le collimateur du « Capitaine » : Danilo Toninelli (Transports et Infrastructures, M5S), qu'il accuse de bloquer « des dizaines et dizaines d'autres chantiers publics » en plus du Lyon-Turin. Il aurait aussi demandé la tête d'Elisabetta Trenta (Défense, proche du M5S), qui manque d'enthousiasme à ses yeux pour lutter contre les flux de migrants en Méditerranée. Giovanni Tria (Économie), plutôt proche de la Ligue mais jugé par M. Salvini trop frileux face à Bruxelles, est également sur la sellette.

Le patron de la Ligue avait assuré qu'il serait de retour à Rome lundi, « peut-être pour participer à quelques discussions », en soulignant que d'ici là, « beaucoup de choses » allaient se décider. Reste à savoir si, malgré son appel à des élections anticipées, ses conditions pour rester au sein de la coalition sont toujours d'actualité...
Quelles sont les possibilités ?

Si un profond remaniement ministériel avec une relance de l'alliance entre MM. Salvini et Di Maio reste possible, il est fortement compromis. Faute de quoi, le gouvernement Conte pourrait devoir démissionner, menant à trois hypothèses. Le scénario le plus probable désormais est la convocation d'élections anticipées, demandées par Matteo Salvini. Et selon les sondages actuels, la Ligue devrait en sortir largement victorieuse et gouverner quasi-seule, en s'alliant avec le petit parti Fratelli d'Italia (extrême droite).

La formation d'une nouvelle majorité parlementaire, qui pourrait inclure le M5S et la gauche, semble improbable compte tenu de l'affaiblissement de ces deux camps et de leur opposition affichée à une telle perspective.

Cependant, le président Sergio Mattarella insiste régulièrement sur la nécessité d'avoir un gouvernement en place à l'automne pour élaborer le budget, dont la première version doit être soumise à l'UE avant la fin septembre. Dans ce cas, le chef de l'État pourrait opter pour la mise en place d'un gouvernement technique et renvoyer la perspective d'élections à février ou mars.