Un Veilleur EN son château (1/5) Soultzbach-les-Bains Le Laubeck ou l'éphémère demeure de Florence

Publié dans le panorama le Vendredi 09 août 2019 à 07:40:15

© Dna, Vendredi le 09 Aout 2019
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Un Veilleur EN son château (1/5) Soultzbach-les-Bains
Le Laubeck ou l'éphémère demeure de Florence
« Un veilleur en son château » est une rubrique estivale à la découverte de sites castraux de la région colmarienne, mais également de leurs veilleurs. Ces bénévoles, recrutés par le Département, sont en quelque sorte des anges gardiens qui rendent compte de l'évolution d'un site.
 

 
Florence, veilleuse du château de Laubeck, et Olivier Marck ont présenté ce qu'il reste de l'édifice. Un grand travail d'enquête reste à faire pour imaginer à quoi il ressemblait au XIIIe siècle.
« Il devait être beau ce château pour qu'ils se battent pour l'avoir ! », s'émeut Florence, la veilleuse du château du Laubeck, ou plutôt ce qu'il en reste, à Soultzbach-les-Bains. « J'adore marcher, et la nature me ressource. Alors que je me rendais au château du Schrankenfels, j'ai vu ce petit panneau du Club Vosgien qui désignait celui du Laubeck à 600 mètres. Ça a aiguisé ma curiosité. » Ce qu'elle découvre est une ruine recouverte de végétation.
Protégé par la nature

À 758 mètres d'altitude, au sud de Soultzbach-les-Bains, l'accès aux ruines du Laubeck se mérite. Comptez 1 heure 30 de marche depuis le col du Firstplan. Une fois sur place, il faudra se méfier du sol piégeux. Les éboulis de pierres sont recouverts de mousse et de feuilles mortes, redoutables pour les chevilles. Il semblerait que la nature veuille préserver ce qu'il reste du château des chevaliers de Laubegasse. Même les tiques sont particulièrement voraces ! Elles ne croisent que rarement des êtres humains dans le secteur.

Il reste de nombreuses traces de ce qui devait être un château habité. « On distingue clairement le fossé. Soit c'est une faille naturelle, soit c'est la carrière qui a servi à extraire les pierres taillées du château », indique Olivier Marck, chargé de mission Patrimoine et Mémoire pour le conseil départemental du Haut-Rhin, et médiateur auprès des veilleurs de châteaux. S'il est aussi précautionneux, c'est qu'il reste très peu d'écrits sur l'édifice.

En contournant la butte, on découvre trois gros blocs de pierres agglomérées qui semblent être tombés du sommet. La partie arrondie indique qu'il pourrait s'agir des restes du donjon. Après une ascension périlleuse, on arrive à la base dudit donjon. Il n'en reste plus grand-chose, mais les caractéristiques sont les mêmes que les blocs tombés plus bas.
Il appartenaità la famille des chevaliers de Laubegasse

Si les morceaux du château du Laubeck sont à ce point disséminés, c'est que celui-ci a été détruit sur ordre de l'évêque de Strasbourg. Il appartenait à la famille des chevaliers de Laubegasse, attestés depuis le XIIe siècle. Entre 1283 et 1302, le chroniqueur de Colmar pour l'évêché note de nombreuses querelles familiales pour acquérir le château. Jusqu'à douze frères, soeurs et cousins revendiqueront l'édifice. Un affrontement entre l'évêque et les Laubegasse conduit à la mort de trois d'entre eux vers 1308. Lassé, l'évêque Jean de Dirphein détruit le château et enferme la famille Laubegasse dans les cachots une année durant. Ils renonceront à leur bien au profit de l'évêque pour 400 marcs d'argent.
Préserver ce qui subsiste

En tant que veilleuse de château, Florence n'a pas beaucoup de pouvoir. Son rôle est de surveiller la dégradation du site et de remonter ses observations à Olivier Marck. « J'ai envie de le faire connaître. Si on en parle, on aura peut-être des moyens d'agir », indique Florence. Dans un premier temps, il faudrait faire un relevé topographique du lieu qui aurait beaucoup de choses à raconter. Un travail de « nettoyage » du lieu permettrait également de mettre à jour de nouveaux éléments. Enfin, il faudrait consolider ce qu'il reste des murs d'enceinte et du donjon. Avis aux amateurs de vieilles pierres !
Dom POIRIER