Les pompiers tirent la sonnette d'alarme

Publié dans le panorama le Jeudi 08 août 2019 à 07:38:27

© L'alsace, Jeudi le 08 Aout 2019
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Les pompiers tirent la sonnette d'alarme
 

 
Arnaud Biskupski (à gauche) et Frédéric Goetz, les deux dirigeants de la CGT au Sdis 68. Photo DNA /Philippe MARCHEGAY
« Pour un pompier qui a choisi ce métier pour sauver des gens, c'est inconcevable ! », lance Arnaud Biskupski. L'inconcevable, c'est le caillassage. Une ambulance des secours de Mulhouse a été une nouvelle fois la cible de jets de projectiles, lundi soir dans le quartier des Coteaux. Les trois pompiers à l'intérieur ont été choqués « Comment se remettre dans de bonnes conditions d'intervention après ça ? », interroge le secrétaire général adjoint de la CGT du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) du Haut-Rhin.
« Certains craquent et sont au bord du burn-out »

Trois jours plus tôt, des pompiers colmariens avaient déjà essuyé des jets de pierres. L'agression intervient dans un contexte d'inflation des sorties : « Les pompiers sont fatigués, soumis à une polyvalence extrême avec des difficultés pour la remise à jour des formations », déplore Frédéric Goetz, secrétaire général CGT.

Le sentiment d'insécurité des pompiers en intervention a des conséquences : « On travaille sur de l'humain. Le pompier n'interviendra pas dans la même sérénité dans un quartier à risques. Or une personne à secourir dans un de ces quartiers doit pouvoir recevoir la même attention qu'une victime dans un quartier calme. »

« La fatigue des personnels, tant morale que physique, me fait peur », avoue Frédéric Goetz qui regrette : « Certains craquent, sont au bord du burn-out, d'autres se posent des questions sur leur avenir dans la profession. »

La hausse du nombre d'interventions est estimée à 20 %, avec une croissance exponentielle durant les six premiers mois de l'année : « Quand une entreprise connaît une telle augmentation de son activité, elle embauche ! », note le syndicaliste. C'est bien ce que demande son organisation syndicale.
« Malgré nos 6 000 pompiers, on n'y arrive pas »

Les brassards « en grève », les affichettes sur les véhicules sont toujours de mise, le mouvement national initié le 26 juin dernier se poursuivant. Les représentants CGT haut-rhinois précisent qu'il s'agit de revendications nationales, reconnaissant par-là l'écoute dont la gouvernance du Sdis 68 fait preuve : « Le directeur et la présidente sont très à l'écoute », admet Frédéric Goetz. Les revendications portent sur des embauches, « pas des contractuels, des emplois statutaires », la reconnaissance des risques liés à la toxicité des fumées car « 1 kg de plastique qui brûle, ce sont des litres d'acide chlorhydrique dans l'air », une prime de risque équivalente à celle des autres professions à risques...

« Notre devise est bien sauver ou périr mais nous ne sommes pas classés dans les professions à risques », s'étonne le secrétaire général. « Malgré nos 6 000 sapeurs-pompiers volontaires, on n'y arrive pas. On est en train d'user les personnels », dit Frédéric Goetz. « Quel métier présente une telle pluralité de compétences ? » Il prône une réflexion sur l'organisation du travail, par exemple l'abandon de la garde de 24 heures.
Ph. M.