association au fil de la vie - thur et doller Le maître mot c'est l'accompagnement

Publié dans le panorama le Jeudi 08 août 2019 à 07:24:59

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Thur et Doller Handicap : Philippe Bittner,nouveau président de l'association Au fil de la vie
association au fil de la vie - thur et doller

Le maître mot c'est l'accompagnement
Depuis deux mois, l'association Au fil de la vie qui oeuvre dans le domaine du handicap sur le territoire Thur et Doller, a un nouveau président, Philippe Bittner. Un homme humain et humaniste, qui ne regarde jamais dans le rétroviseur.
 

 
Philippe Bittner.
Cela faisait déjà 28 ans qu'il était bénévole au sein de l'association Au fil de la vie - qui a fêté ses 50 ans au mois de juillet - lorsqu'il a été élu président de la structure, au mois de mai. Philippe Bittner est le papa de Sophie, âgée de 33 ans, atteinte d'autisme. « Il me semble que lorsque l'on est soi-même concerné, l'envie de faire avancer les choses est encore plus vive. »

Philippe Bittner a 66 ans et est originaire de Pfastatt. Issu d'une famille mulhousienne de commerçants, le jeune garçon a appris très tôt le goût du travail et de l'écologie. « Avec ma grand-mère, qui était une maîtresse-femme, rien ne se perdait. On récupérait les cartons, on les pliait et on s'en resservait pour nos colis. »

Aussi n'est-il pas étonnant qu'une fois adulte, il se soit lancé dans une carrière commerciale et internationale, dans le domaine du textile, après l'obtention d'un diplôme universitaire de techniques de commercialisation, un stage de fin d'études en Scandinavie et son service militaire à Müllheim.
Une carrière internationale

DMC Texunion à Pfastatt, Schaeffer Impression, à Vieux-Thann, Cernay SA, Boussac à Wesserling, La Cotonnière d'Alsace à Colmar, SDE Strasbourg... L'homme a roulé sa bosse - et a acquis de l'expérience - avant de partir travailler en Italie, à Varèse à côté de Milan, dans une société d'impression textile.

Puis Philippe Bittner est retourné à Strasbourg, pour travailler chez Winkler, avant de créer sa propre boîte, Joditex, qu'il continue de gérer à temps partiel. Parce que le temps est précieux et qu'il aime l'employer dans divers domaines. En effet, il est conseiller municipal dans son village - Battenheim - et siège dans plusieurs commissions au sein de l'agglomération mulhousienne (M2A). « C'est tellement enrichissant », commente-t-il.

« Lorsque Sophie est née, nous avons rapidement vu que quelque chose n'allait pas. Nous avons mené un combat, sans jamais baisser les bras, mais qui a notamment eu raison de mon union avec ma première épouse avec laquelle j'ai eu deux autres enfants, Paul-Antoine et Marie », raconte cet heureux grand-père de trois petits-fils.
« À l'époque,il n'y avait pasde dépistage précoce »

« Nous nous sommes battus mais, à l'époque, il n'y avait pas de dépistage précoce. C'est au moment de l'inscription de Sophie à la maternelle que les "difficultés", surtout administratives, ont commencé. Nous avons passé une année à monter des dossiers, nous sommes passés devant des tribunaux de la Sécurité sociale. Un travail anéanti à l'issue d'un trimestre d'école : l'enseignante de l'époque nous a dit que les parents des autres enfants fréquentant l'école craignaient le contact de leurs petits avec Sophie... ». « Nous avons, reprend-il, sillonné la région à la recherche d'une solution. Mais, très vite, nous nous sommes aperçus qu'il nous faudrait prendre du personnel à la maison. Mon ex-épouse a cessé son activité professionnelle et nous avons fait appel à des kinésithérapeutes de la vallée pour stimuler Sophie. À 2 ans et demi, elle a fait ses premiers pas. Pour nous, c'était un bonheur, comment dire, plus, plus, plus. »

Puis, une rencontre fortuite en entraînant une autre, les parents de Sophie, pourtant habitants de la vallée de Saint-Amarin, font la connaissance de Mme Devrière qui les dirige vers l'institut médico-éducatif (IME) Jacques-Hochner, à Thann. « Nous avions été mal orientés au niveau départemental et, bien que ça puisse paraître fou, nous n'avions jamais entendu parler de cet établissement. »

Commence, pour Sophie et sa famille, une autre vie. « Lorsque nous avons visité l'IME, pas de grillage aux vitres, un jardin... Sophie, qui n'avait jamais fait cela auparavant, avait la banane, elle se promenait partout, voulant ainsi nous montrer qu'elle ressentait l'endroit comme positif. » La douche est froide lorsqu'on leur dit que Sophie peut intégrer l'IME mais qu'elle « est sur liste d'attente ».
« Anticiper l'avenir plutôt que de le subir »

Quelques semaines après, c'est l'euphorie. L'établissement rappelle la famille pour lui dire que Sophie est prise. Seule l'allocation enfant handicapé de 3e catégorie sera supprimée. « C'est malheureux mais c'est parce que nous étions une famille plutôt aisée et c'est injuste pour les autres. Mais après notre parcours du combattant, il était difficile de bouder notre bonheur... » Sophie est dans sa sixième année et, depuis, son papa est bénévole au sein de l'association qu'il préside aujourd'hui avec de nombreux projets et perspectives. « Pour renvoyer l'ascenseur et avec la volonté d'anticiper l'avenir plutôt que de le subir. »

« Toute notre philosophie repose sur le bien-être de nos résidents et de leur famille, avec une approche humaine et humaniste du handicap. La gratitude que vous renvoie un enfant handicapé est vraie, c'est hypermotivant. Il nous faut donc réfléchir à trouver des solutions pour ceux qui n'en ont pas et porter nos efforts vers le conseil, à l'aide de bénévoles notamment. Nous avons également plusieurs projets immobiliers de re-développement, une volonté d'inclusion des personnes handicapées dans le milieu dit ordinaire. À Malmerspach, par exemple, la fête de la musique du village se déroule au sein du foyer Émilie, un bel exemple de réussite à l'instar de l'un de nos salariés de l'Esat (établissement et service d'aide par le travail) du Rangen, récemment embauché en CDI dans l'entreprise vieux-thannoise Nord Réducteurs. »

Il poursuit : « Nous avons d'autres pistes de réflexion concernant le rachat de parts dans des Ehpad (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) pour s'assurer de la continuité de la prise en charge de nos résidents en cas de maladie, car nous ne sommes pas médicalisés à Malmerspach, et aussi pour favoriser l'inclusion de nos résidents en milieu dit ordinaire, car le maître mot, dans le handicap, c'est l'accompagnement ».
Elisa MEYER

 

 
 

 

« Confrontésà un tsunami »
Malgré toutes ces belles perspectives, Philippe Bittner en est conscient, l'avenir n'est pas rose. « Les listes d'attente sont énormes, sans parler des personnes handicapées qui ne sont pas identifiées. Récemment, une pédiatre m'a indiqué qu'un enfant sur 50, né en France, sera atteint par un trouble du spectre autistique. Aux États-Unis, le quotient atteint 1 sur 30. De l'autre côté, avec le vieillissement de la population, les places en maisons de retraite deviennent rares. Nous allons être confrontés à un tsunami que personne ne voit venir. Et cela met en relief un autre épiphénomène : la limite du modèle économique actuel. En Chine, il n'existe pas d'établissement pour les personnes âgées. Elles vivent leur fin de vie, entourées, chez leurs familles... »