Où naissent les bébés en Alsace ?

Publié dans le panorama le Mercredi 07 août 2019 à 07:51:57

© L'alsace, Mercredi le 07 Aout 2019
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Où naissent les bébés en Alsace ?

On l'a vu à Thann et Altkirch : annoncer la fermeture de maternités de proximité, c'est donner naissance à d'intenses polémiques. Ces établissements sont souvent perçus comme importants pour la vie locale. Des mamans ayant eu recours à ces structures, ou comptant le faire, ressentent là un sentiment d'abandon médical.

Pas facile de couper le cordon avec des équipes de gynécologie et de pédiatrie associées parfois de longue date à la prise en charge de la natalité au plus près du quotidien des citoyens. Un dialogue de sourds s'installe autour du sort des maternités condamnées, même si elles sont destinées à se transformer en centres de périnatalité de proximité.

D'un côté, les élus et les habitants ressentent un appauvrissement de l'offre de soins. De l'autre, les autorités sanitaires, via l'Agence régionale de santé, évoquent au contraire une consolidation des prestations médicales liées à la natalité, autour de centres n'éprouvant pas de difficultés de recrutement ou de remplacement des professionnels de santé. Ces grands centres doivent offrir des niveaux de qualification et d'accompagnement présentés comme plus complets (réanimation, soins intensifs, etc., les plus poussés à Mulhouse et Strasbourg étant classés en niveau 3).

De fait, l'éloignement des maternités de substitution est ressenti comme facteur d'angoisse dans les secteurs dépourvus de lieu d'accouchement. À cela, les coordonnateurs de santé répondent par des idées de création d'hôtels hospitaliers, comme à Mulhouse, afin de rapprocher d'un plateau d'accouchement les patientes arrivant au terme de la grossesse. Sont également évoquées la possibilité de dépêcher une sage-femme en même temps que les équipes du Samu, en cas d'accouchement inopiné loin de la maternité, voire l'organisation de gardes ambulancières.

La carte future des soins dans les régions compte faire l'impasse sur des services dont l'activité aura été jugée trop faible, à la fois pour des raisons qualifiées d'économiques et de thérapeutiques : la spécialisation d'équipes plus importantes, conduites à pratiquer plus souvent les gestes les plus sensibles est présentée comme un gage de meilleure prise en charge des grossesses à risque et des naissances suivies de complications.

« Qui peut encoresupporter aujourd'huique l'on perde une femme en couches ? »

Un courant en faveur d'accouchements dans des univers moins médicalisés émerge et une initiative comme la maison de naissance Manala à Sélestat correspond à cette demande. Mais la garantie d'une prise en charge hospitalière à peu de distance reste nécessaire pour les spécialistes.

« Il faut se méfier d'une illusion de confort qui consiste à accoucher près de chez soi, ou loin de l'hôpital, à domicile : qui peut encore supporter aujourd'hui que l'on perde une femme en couches parce qu'une complication majeure survient subitement et qu'aucune modalité de soins proposée dans les maternités de haut niveau ne sera vite accessible ? », alerte le professeur strasbourgeois Israël Nisand, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français.

Cela pose néanmoins la question des moyens dévolus à la globalité du système de soins : le nombre de maternités en France a été divisé par trois en un demi-siècle. Mais les hôpitaux dépeints comme étant de référence n'ont pas toujours vu leurs demandes en personnels et investissements satisfaites, alors qu'il faut s'adapter à une hausse inéluctable d'activité. Les « fabriques de bébés » dénoncées par les partisans de maternités de proximité peinent parfois à susciter la confiance que leurs officiants mériteraient.

Di.R.

 

 

 

 

Martial REHEISSER

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