L'Alsace vue du Japon

Publié dans le panorama le Mercredi 07 août 2019 à 07:46:44

© L'alsace, Mercredi le 07 Aout 2019
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L'Alsace vue du Japon
 

 
Les vins d'Alsace conviennent à la gastronomie japonaise. Ici le premier proviseur du lycée Seijô de Kientzheim avec André Klein. DR
Kazuko Tominaga raconte cette aventure par le menu. Des premiers contacts avec André Klein, à l'époque directeur général du Comité d'action économique du Haut-Rhin (ACHR), à la consultation de ses notes, dix ans après avoir pris sa retraite, deux ans après le décès de son époux Masayuki, qui dirigeait le bureau de représentation de l'Alsace à Tokyo.

Minutieuse, Kazuko a conservé tous ses calepins, une bonne centaine dont la relecture lui a permis de rédiger cet ouvrage de 93 pages au fil desquelles on entre par la petite porte dans l'aventure d'une relation globale qui ne se limitait pas à l'économique mais englobait aussi la culture et les études.
Cela a conduitles Alsaciensà redoubler d'efforts

Il est d'autant plus intéressant de se transporter à l'époque où cette relation est née, par le biais d'anecdotes, de portraits et de récits très précis, des rencontres et des affinités spontanées. Tout cela aura permis d'ouvrir un premier bureau du Haut-Rhin au Japon. À l'époque - on est aux balbutiements de la décentralisation - la DATAR (délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale) ne voyait pas d'un oeil très favorable ce cavalier seul joué par le département du sud alsacien. La mission de la délégation était de redonner de l'ampleur au tissu économique dans les départements et les régions de l'Hexagone qui avaient le plus souffert d'une baisse des activités traditionnelles comme les mines et, plus tard, la sidérurgie. Ceux où le taux de chômage était le plus fort. Le Haut-Rhin n'était pas concerné dans la mesure où, vu de Paris, ce territoire était plutôt considéré comme privilégié.

Cela n'a pas empêché André Klein, également directeur général des services du conseil général 68, soutenu par son président Henri Goetschy et différents élus, décideurs ou acteurs économiques, de poursuivre dans son entreprise de rapprochement avec le Japon. Au contraire, cela a sans doute conduit les Alsaciens à redoubler d'efforts. En tout cas, toute cette énergie consacrée au projet et à son développement a porté de beaux fruits - peut-être même au-delà de ce que l'on imaginait au départ. Et elle a donné lieu à une nouvelle dimension dans les relations nippo-alsaciennes qui avaient, comme l'on sait, démarré bien avant et avaient pris une ampleur inhabituelle avec l'impression des étoffes dès le mitan du XIXe siècle, étoffes acheminées depuis, puis renvoyées vers le Japon.
Des relations basées aussi sur le respect

En feuilletant l'ouvrage, illustré dans sa version française par le Ceeja, on apprendra à travers une foultitude de petits détails et d'anecdotes que les implantations successives sous nos latitudes d'une douzaine d'entreprises japonaises -4 200 emplois- découlent d'un travail considérable. Aussi de rencontres parfois fortuites, de sympathie entre deux interlocuteurs, de respect.

À l'exemple de Sony, la reine des entreprises japonaises, leader mondial dans l'électronique, qui a été la première à tenter une implantation le long du Rhin. Comme Ricoh, qui suivra, Sony était déjà présente en Angleterre. Le développement du marché européen avait conduit ses dirigeants à envisager de produire aussi sur le continent. Si l'Alsace l'a emporté dans le choix du lieu, c'est en partie grâce à sa position géographique idéale au coeur de l'Europe, mais aussi, signale Kazuko Tominaga, parce que ses habitants avaient la réputation d'être « des gens scrupuleusement honnêtes et travailleurs ». Et bien sûr à l'entregent des promoteurs de CAHR, et plus tard du Centre européen d'études du Japon (Ceeja).

Et puis il y a eu l'aventure dans l'aventure : celle de la naissance d'un lycée japonais dans les locaux de l'ancien pensionnat du Sacré-Coeur à la sortie de Kientzheim. C'était en 1986. Dix-neuf ans plus tard, le lycée Seijô fermera après avoir formé 2 500 enfants japonais dont les parents résidaient non seulement à proximité, mais plus largement en Europe.

L'auteur aborde aussi le versant alsacien de Little World, un musée d'ethnographie à Inuyama où ont été remontées trois maisons à colombages importées d'Alsace ; des échanges scientifiques et culturels ; des artistes inspirés par la province du secteur colmarien ; de la prestation de la Maîtrise de garçons de Colmar au Japon ; du tournage d'une série dans le vignoble par la télévision japonaise ; du fort développement du tourisme japonais en Alsace... même du Landgraben typiquement alsacien en essayant de faire la part des choses et des intérêts pourtant communs entre le Bas et le Haut-Rhin.

Un opuscule plaisant à lire qui témoigne de la volonté d'hommes précurseurs qui ont oeuvré pour le rapprochement entre deux cultures dont on a rapidement constaté les concordances. Une histoire d'amitié aussi entre les peuples et les hommes. Une histoire qui poursuit son cheminement dix ans après la cessation des activités de Kazuko Tominaga, un an après le départ d'André Klein de la présidence du Ceeja. Le flambeau a été transmis. Pour une nouvelle déclinaison de rapports privilégiés.
J.-L.W. LIRE L'Alsace et le Japon. Paru aux éditions Do Bentzinger (93 pages, 8 EUR).