« Les maires, soutiers de la République »

Publié dans le panorama le Mercredi 07 août 2019 à 07:40:30

© L'alsace, Mercredi le 07 Aout 2019
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« Les maires, soutiers de la République »
 

 
Le Sénat lancera la semaine prochaine une grande consultation auprès de tous les maires de France « pour mieux prendre la mesure d'un phénomène très inquiétant pour le bon fonctionnement de la démocratie ». En médaillon, Vanik Berberian, président des maires ruraux.  Photos Julio PELAEZ/ Vincent OLLIVIER/Le Dauphiné Libéré

   

L'émotion est vive après le décès tragique du maire de Signes (Var), mort alors qu'il tentait d'empêcher une camionnette de déverser des gravats dans une décharge sauvage. Les élus locaux ont été les premiers à réagir. « Je suis triste et en colère. Ce drame en dit long sur le délitement de l'intérêt général. Jean-Mathieu Michel était dans son rôle de police pour faire respecter la salubrité publique », réagit Vanik Berberian, président de l'association des maires ruraux de France (AMRF).

La mort d'un maire dans l'exercice de ses fonctions n'a pas de précédent récent mais les élus locaux sont de plus en plus exposés sur le terrain. « Les incivilités sont en progression. Les élus sont de moins en moins respectés. Des collègues reçoivent des lettres d'insultes ou des menaces. Des maires retrouvent des tags sur leurs maisons », déplore Vanik Berberian.
Incivisme et ingratitude

Certains élus font état d'agressions de plus en plus violentes mais ces attaques en recrudescence n'ont jamais fait l'objet d'études approfondies, comme le constate mardi la commission des lois du Sénat. La Haute assemblée a donc décidé de lancer, la semaine prochaine, une grande consultation auprès de tous les maires de France « pour mieux prendre la mesure de ce phénomène très inquiétant pour le bon fonctionnement de la démocratie ».

Beaucoup de maires de petites communes se plaignent du trop haut niveau d'exigence des citoyens, associé à la montée de l'incivisme et à l'ingratitude pour le travail réalisé. C'est ce qui ressort d'une enquête réalisée fin 2018 par Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS, pour l'Association des maires de France et l'Observatoire de la démocratie de proximité.

« Les maires sont les soutiers de la République », rappelle Vanik Berberian, qui a reçu Emmanuel Macron dans sa petite commune de l'Indre lors d'un des grands débats organisés par le chef de l'État après la crise des gilets jaunes. « Plus un maire est ancien dans son mandat, plus il prend les choses à coeur », ajoute le président de l'AMRF, pas étonné de l'engagement de Jean-Mathieu Michel dans la commune dont il était maire depuis trente-six ans.
« L'héroïsme du quotidien »

L'association va demander à toutes les mairies de France de mettre leurs drapeaux en berne le jour des obsèques du maire qui a perdu la vie en faisant appliquer la loi. Pour Vanik Berberian, un hommage rendu par Emmanuel Macron serait un signe positif alors que le président cherche à se concilier les élus locaux, après les avoir boudés au début de son mandat. « Mais je n'ai pas de consignes à donner au chef de l'État. C'est lui qui appréciera la situation. » Emmanuel Macron passe ses vacances dans le Var, au fort de Brégançon, à une soixantaine de kilomètres de Signes, la commune de l'élu décédé.

Le ministre de l'Intérieur n'a pas hésité pour sa part à faire un parallèle entre le « petit maire » et le pilote dont le bombardier d'eau s'est écrasé en combattant un incendie de forêt dans le Gard. « L'héroïsme du quotidien perd une nouvelle fois une figure », a réagi Christophe Castaner dans un communiqué diffusé au moment où il remettait la Légion d'honneur à titre posthume au pompier du ciel décédé dans le crash de son avion.
Luc CHAILLOT