Les entreprises allemandes ont réduit leur activité en Alsace

Publié dans le panorama le Mercredi 07 août 2019 à 07:36:16

© L'alsace, Mercredi le 07 Aout 2019
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Les entreprises allemandes ont réduit leur activité en Alsace
 

 
L'inspection du travail réalise régulièrement des contrôles aux frontières pour vérifier si les entreprises allemandes sont en règle. Archives DNA
Depuis le renforcement en 2016 de la loi sur les travailleurs détachés en France, les problèmes n'ont cessé d'émerger d'un côté et de l'autre du Rhin. Pour les entreprises allemandes frontalières qui avaient l'habitude de venir travailler en Alsace, la bureaucratie est devenue ingérable : « Nous sommes une petite entreprise », témoigne Christian Löffler, responsable de Faller Stapler, une entreprise de vente et réparation d'engins de logistique du Bade-Wurtemberg, « c'est devenu très compliqué pour nous de travailler en France avec la charge bureaucratique que cela suppose ».

Les résultats de l'étude dirigée par la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Lahr, dévoilés ce mardi, vont dans ce sens. 425 entreprises allemandes, principalement de la région frontalière, ont répondu au sondage mené entre le 29 mai et le 15 juillet. 42 % des entreprises interrogées ont déclaré avoir réduit leur activité outre-Rhin et 13 % d'entre elles ont cessé toute activité en France.
Des contraintes administratives lourdes pour les entreprises

Chaque fois qu'une entreprise allemande envoie un travailleur en France, elle doit remplir une déclaration en ligne. Problème : la démarche prend parfois près d'une heure, le temps de rassembler tous les documents nécessaires : « S'il y a eu des améliorations, comme le fait de traduire le site en allemand, cela reste très contraignant », note Pascale Mollet-Piffert, à la tête du département international de la CCI de Lahr. Les principaux problèmes évoqués par les entreprises sont la durée de création de la déclaration, mais aussi et surtout la traduction en français des documents demandés, ainsi que la mise en place d'un représentant français. Les petites et moyennes entreprises sont particulièrement touchées. Or, pour Christian Löffler, « en cas d'urgence, comme sur un tuyau hydraulique qui fuit par exemple, chaque heure compte ». Mais sans certificat, les entreprises s'exposent à payer jusqu'à 3000 euros d'amende par employé détaché.
L'Alsace particulièrement concernée par le travail détaché

La plus grande partie des 588 000 travailleurs détachés enregistrés en France en 2018 était employée dans les régions frontalières et notamment à l'est. Ainsi, le Grand Est accueille près d'un cinquième des travailleurs détachés (plus de 104 500) de France. Il détient aussi le plus fort taux de concentration (5,4 %) de ces travailleurs. Les artisans allemands, qui interviennent historiquement souvent en Alsace (pose de cuisine, rénovation de toiture etc.) sont ceux pour qui les contraintes administratives sont les plus lourdes à gérer.

Les autorités françaises avaient déjà promis des simplifications en septembre 2018. « Mais la nouvelle réglementation de juin 2019 n'a pas apporté beaucoup de changements », souligne Steffen Auer, président de la CCI de Lahr, « c'est pourquoi nous plaidons d'urgence en faveur d'une nouvelle simplification du droit du détachement afin que la coopération transfrontalière soit possible ». Suite aux plaintes des entreprises frontalières, c'est l'ensemble du réseau consulaire des CCI régionales (allemandes, françaises et suisses) qui ont adressé un courrier à la ministre du Travail Muriel Pénicaud. Sans réponse jusque-là.
Marie MAHEUX