Zapata : et demain, tous volants ?

Publié dans le panorama le Lundi 05 août 2019 à 06:22:32

© L'alsace, Lundi le 05 Aout 2019
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Zapata : et demain, tous volants ?
 

 
Franky Zapata à son arrivée à St Margaret's Bay au Royaume-Uni, dimanche matin. Photo Glyn KIRK/AFP
La réalité a enfin rejoint la fiction. On connaissait le skateboard lévitant de Retour vers le futur 2, ou la planche volante du Bouffon vert, l'ennemi de Spider-Man. Voici Franky Zapata et son « Flyboard » : ce dimanche matin, l'entrepreneur autodidacte de 40 ans a réussi à traverser la Manche (avec escale) sur sa machine volante, qu'il a lui-même inventée. Grâce à cinq réacteurs alimentés au kérosène, l'engin a pu voler jusqu'à 160-170 km/h et 15-20 mètres d'altitude au-dessus de la mer.
L'heure de la voiture volante ?

Son exploit s'inscrit dans une tendance lourde, le transport aérien de plus en plus individuel, et sur de courtes distances. La RATP, Airbus, Boeing ou encore Uber, développent ainsi des projets de taxis volants, en décollage vertical, individuels ou embarquant jusqu'à quatre personnes. Le fantasme de la voiture volante.

Même Franky Zapata est sur ce marché, promettant que sa société dévoilera un prototype « à la fin de l'année ». Car l'inventeur le reconnaît lui-même à France info : « Mon "Flyboard" n'aura jamais d'application dans la vie réelle. J'ai mis trois ans à le maîtriser. Ce n'est pas un produit accessible ».
Avec ou sans pilote ?

Ce changement d'échelle du transport aérien s'est notamment joué grâce à la démocratisation des drones. Google ou Amazon rêvent de pouvoir se lancer dans la livraison de colis par ce moyen. À Reykjavik (Islande), il est d'ores et déjà possible de se faire livrer des plats cuisinés par drone.

Mais le développement des drones suppose tout un tas de processus législatifs ou de sécurisation, comme la création de couloirs aériens spécifiques. À l'heure actuelle, seul Monaco a créé un espace destiné aux drones, avec même des contrôleurs aériens dédiés. Mais il est évidemment plus facile d'organiser cela sur un petit -- et riche -- pays, que dans un État bien plus étendu.

Autre réticence, celle des passagers, à confier leur vie à une intelligence artificielle, aussi fiable soit-elle. D'où la présence de pilote dans un nombre grandissant de projets de taxis volants. Autre avantage, ces véhicules seraient plus proches des hélicoptères et bénéficieraient donc d'une législation existante.
Quid de l'environnement ?

Pour son exploit, Franky Zapata a dû installer son réservoir de 35 litres de kérosène sur son dos... Et a dû faire escale en pleine mer pour faire le plein, le « Flyboard » n'ayant pas suffisamment d'autonomie !

Au-delà de l'anecdote, la question de l'environnement est cruciale. Alors que le secteur aérien (responsable de 2 à 2,5  % des émissions mondiales de gaz à effet de serre) est accusé d'en faire trop peu sur ce sujet, n'est-il pas irresponsable de lancer toujours plus d'appareils volants ?

La plupart des projets de drones ou voitures volantes sont ainsi prévus avec des moteurs électriques, et se rapprochent des trains et tramways.

L'exploit de Louis Blériot a eu lieu en 1909. Le premier vol commercial Paris-Londres en 1919. Quel délai y aura-t-il entre la traversée de Franky Zapata et une application dans la vie quotidienne ? L'horloge vient seulement de démarrer...
Thibault LIESSI