Les Gîtes de France font de la résistance

Publié dans le panorama le Lundi 05 août 2019 à 06:20:28

© L'alsace, Lundi le 05 Aout 2019
Droits de reproduction et de diffusion réservés
Télecharger la version PDF

 

Les Gîtes de France font de la résistance
 

 
Venue de Salzbourg, la famille Ringer est accueillie par Bernard Schall et Marlène Husser dans leur gîte de Fegersheim.  Photo DNA /Cédric JOUBERT
La maison a été briquée et aérée, les lits faits, la petite note indiquant le code Wi-fi est à disposition dans le salon, ainsi que le magazine Estivales, recensant les animations de la région. Bernard Schall et Marlène Husser y ont consacré du temps : leur gîte est prêt à recevoir ses nouveaux hôtes.

Peu avant 16 h, ce samedi de juillet, les voilà justement qui pénètrent, à vélo, dans la cour de la propriété de Fegersheim. Venue de Salzbourg, la famille Ringer passera une semaine ici, moyennant environ 20 euros par personne et par nuit. Une fois les vélos garés sous le porche, Bernard fait visiter les lieux dans un allemand impeccable. « C'est particulièrement beau », commente le couple de cyclotouristes qui prévoit notamment des virées à Colmar, au mont Sainte-Odile et à Europa-Park, à Rust - sur demande expresse de leurs fils - et entend pratiquer l'escalade. « Nous avons un ami qui en fait, il pourra vous renseigner », rebondit immédiatement le maître de maison, aux petits soins.
« Une philosophie »

Pour Maurice Waltsburger, président du réseau bas-rhinois de Gîtes de France, la scène illustre ce qui demeure le point fort de ces hébergements labellisés appartenant au réseau créé dans les années 1950 : « La qualité de l'accueil et la proximité avec le propriétaire. » « On se démarque des plateformes où la seule chose qu'a le client en arrivant, c'est un digicode », abonde Serge Mezin, directeur du réseau haut-rhinois, qui rappelle que « les hébergements sont systématiquement contrôlés, vérifiés. Ce que l'on met sur notre site, c'est la vérité. Il n'y a pas de mauvaise surprise. »

C'est cette philosophie qui a conduit le couple de Fegersheim à adhérer à Gîtes de France, « une association qui paie ses impôts en France, et est vraiment axée sur la rencontre », insiste Marlène. L'aventure a pris du temps : il aura fallu deux ans au couple pour rénover, exclusivement à partir de matériaux naturels, la maison alsacienne de 1830 dans laquelle vivaient les parents de Bernard.

La maison alsacienne de 1830 a été entièrement rénovée avec des matériaux naturels fidèles à l'esprit d'origine. Les travaux ont duré deux ans. Photo DNA /Cedric JOUBERT

Résident de la grange aménagée voisine, le couple aurait probablement pu trouver des locataires de longue durée. Mais « on s'est dit que de pouvoir rencontrer du monde et loger des amis ou de la famille quand on le souhaite, c'était plus sympathique que d'avoir des locataires à demeure », explique Marlène, qui ne compte pas faire de cet accueil une activité à temps plein, mais apprécie de pouvoir « faire vivre » cette charmante et confortable maison qui compte cinq chambres et trois salles de bains et a été labellisée « trois épis » par Gîtes de France. La maison est proposée à la location depuis décembre seulement. Et des liens ont déjà été noués. Comme avec ces retraités normands venus en juin dernier, avec qui le couple a pris l'apéritif tous les soirs, ou cette famille de Lorrains qui reviendra sûrement. « On est déjà invités dans toute la France », résume Bernard.
Labellisations complémentaires

Au total, l'Alsace compte près de 1 600 gîtes labellisés, auxquels s'ajoutent les chambres d'hôtes et hébergements « City Break » du réseau. Un chiffre qui demeure stable ces dernières années d'après les directions des deux réseaux départementaux alsaciens, qui pour autant ne font pas mystère de la rude concurrence à laquelle ils doivent faire face. « On se fait tailler des croupières par des Airbnb, Booking et compagnie », reconnaît Serge Mezin. Des plateformes qui disposent, ne serait-ce qu'en termes de référencement, d'une force de frappe avec laquelle Gîtes de France ne peut pas rivaliser. « Nous ne jouons pas dans la même cour. Mais tout doucement, on s'aperçoit que des propriétaires reviennent, poursuit le directeur de Gîtes de France du Haut-Rhin. Et les clients aussi se rendent compte qu'Airbnb n'est pas la panacée. Avec une marque 100 % française et des produits labellisés, on est un peu le rayon bio des supermarchés, qui va résister et aura peut-être un peu plus de place demain. »

Tout en capitalisant sur la recette qui a fait son succès, Gîtes de France travaille à se réinventer et à attirer une clientèle à la fois plus large et plus spécifique. Depuis le début des années 2010, le réseau initialement concentré sur les zones rurales répond à la demande des jeunes urbains avec son offre « City Break » : des gîtes d'agglomération, au nombre d'une centaine aujourd'hui en Alsace, qui peuvent comporter des services complémentaires tels que la location de vélos ou l'accueil à la gare par le propriétaire.

En parallèle, le réseau travaille sur des labellisations complémentaires et de nouvelles thématiques d'hébergement. Accueil motards, randonnée, oenotourisme, thématiques environnementales ou labellisations « Ecogîtes » émergent par exemple ces dernières années.

Dans le Haut-Rhin, le réseau a mis sur pied, avec le concours de l'historien Yann Prouillet, une formation qualifiante destinée aux hébergeurs souhaitant parler de la mémoire de l'Alsace. Une démarche qui pourrait prochainement donner naissance à une nouvelle thématique « tourisme de mémoire ».
Hélène DAVID On est un peu le rayon bio des supermarchés Serge Mezin, directeur Gîtes de France 68