Un laboratoire commun associant Strasbourg

Publié dans le panorama le Dimanche 04 août 2019 à 07:13:54

© L'alsace, Dimanche le 04 Aout 2019
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Un laboratoire commun associant Strasbourg
 

 
Le Pr Ovidiu Ersen, qui enseigne à l'université de Strasbourg, est le directeur adjoint du nouveau laboratoire commun de recherche Carmen. Photo DNA /Thomas TOUSSAINT
« Le laboratoire commun de recherche est né de la volonté de valoriser l'expertise des laboratoires académiques auprès des industriels et de faire bénéficier ces industriels des compétences des chercheurs académiques. » Pierre Rabu est directeur de l'IPCMS (Institut de physique et de chimie des matériaux de Strasbourg) et son institut est partie prenante dans la création toute récente du nouveau laboratoire commun de recherche (LCR) Carmen, pour Caractérisation des matériaux pour les énergies nouvelles. « Mais c'est un des tout premiers LCR qui rassemble trois équipes académiques de trois universités différentes, La Sorbonne, Claude Bernard à Lyon et l'Université de Strasbourg (Unistra) et une entreprise ainsi que le CNRS et l'École nationale supérieure de Lyon », souligne-t-il. L'entreprise en question est l'Institut français du pétrole (IFP) Énergies nouvelles dont le siège est à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine).
Argile, alumine nanostructurée et zéolithes

« L'idée a germé il y a moins d'un an, indique le Pr  Ovidiu Ersen, directeur adjoint de Carmen, qui enseigne à l'université de Strasbourg. Les contacts établis entre l'IFP Énergies nouvelles et ses partenaires ont été ainsi officialisés. L'IFP essaie de développer l'énergie solaire ou éolienne et le stockage de l'énergie ainsi que sa conversion. L'entreprise est plutôt spécialisée dans les matériaux et procédés. Or ici, à Strasbourg, on fait du travail de pointe en matière de compréhension et d'optimisation des matériaux. »

Le directeur de l'IPCMS insiste : « On veut progresser dans la compréhension des mécanismes dans l'exploitation des matériaux de catalyse et de stockage de l'énergie. On va travailler avec des matériaux poreux et étudier les effets de surface et d'interface. L'idée étant de développer des outils et une méthodologie pour avoir la vision la plus directe possible de ce qui se passe dans le matériau. Et nos compétences en matière de microscopie électronique à transmission, qui permet de suivre une réaction chimique dans un échantillon ou de voir comment évolue le matériau en conditions opérationnelles, font la différence. »

Trois sortes de matériaux vont être explorées par les chercheurs : l'argile, pour arriver à une modélisation des sols, l'alumine nanostructurée, comme support de catalyse, et les zéolithes, des cristaux d'aluminosilicate poreux qui agissent comme des filtres, des catalyseurs par eux-mêmes mais à qui on peut également « accrocher » des molécules supplémentaires pour favoriser des réactions. L'objectif est de renforcer les connaissances sur le transport moléculaire et/ou colloïdal dans ces substrats poreux complexes. « On veut aussi faire le lien entre la structure du matériau et ses propriétés », ajoute Pierre Rabu, et ceci de l'échelle atomique à l'échelle macroscopique.

Le LCR a été installé pour cinq ans, avec un financement pour quatre thèses et cinq postdoctorats d'un an, soit pas loin de 900 000 EUR, apportés par l'IFP Nouvelles Énergies et le CNRS. Deux doctorants vont commencer leur projet d'ici septembre. « Grâce à la complémentarité des trois laboratoires académiques impliqués dans Carmen, le projet va bénéficier d'une approche interdisciplinaire », se réjouit le Pr Ovidiu Ersen. « Mais il faut aussi avoir des gens avec une formation multidisciplinaire en matériaux, aussi bien en physique qu'en chimie, et ces profils ne sont pas très fréquents en France, alors qu'ils sont très recherchés par les grands groupes... »
G. D.