Quelque 4 800 abandons par an en Alsace

Publié dans le panorama le Dimanche 04 août 2019 à 07:12:55

© L'alsace, Dimanche le 04 Aout 2019
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Quelque 4 800 abandons par an en Alsace
 

 
Le chien Maina a été abandonné. Il attend un nouveau maître dans son box à la SPA de Colmar. Photo L'Alsace
Le chien Matt, un berger allemand de six mois, dans son box à la SPA de Colmar. Photo L'Alsace /Vincent VOEGTLIN

À côté, Gizmo. Photo L'Alsace /Vincent VOEGTLIN

Moment câlin entre une soigneuse et le chien Rambo, un pinscher nain trouvé par la SPA... Photo L'Alsace /Vincent VOEGTLIN

Un chien de la SPA de Colmar se promène dans une cour fermée. Photo L'Alsace /Vincent VOEGTLIN

Le chien Laïko, une tête de berger allemand étrangement posé sur un corps de teckel, dans son box à la SPA de Colmar. Il aurait été déposé dans un box extérieur par son propriétaire avec un petit mot expliquant qu'il n'avait plus le temps de s'occuper de l'animal. Photo L'Alsace /Vincent VOEGTLIN

Un des chats présents dans la chatière de la SPA de Colmar. Photo L'Alsace /Vincent VOEGTLIN

Maina depuis son box regarde dehors. Photo L'Alsace /Vincent VOEGTLIN

Un des nombreux chats présents dans la chatière de la SPA. Photo L'Alsace /Vincent VOEGTLIN

Difficile d'évaluer le nombre d'abandons en Alsace. On a tenté l'addition en appelant les six refuges SPA alsaciens. Sauf que le refuge de Haguenau n'a pas communiqué ses données. Sauf qu'il faut prendre en compte les abandons « au comptoir » ou « abandons clairs, avec déclaration », ce qui est simple, mais aussi une partie des animaux récupérés par la fourrière. Et là, ça se complique car il semble que les différents sites n'appliquent pas les mêmes modes de calcul - certains déduisant, de façon plus ou moins importante, les chiens ou chats dont on a pu retrouver les propriétaires, et d'autres non. Ces réserves étant émises, on obtient environ 4 500 abandons par an pour cinq des six refuges (1 550 à Colmar, 550 à Mulhouse, 1 400 à Strasbourg, 300 à Saverne, 700 à Ebersheim). Si on fait l'hypothèse de 300 abandons à Haguenau comme à Saverne, on obtient un total de 4 800.

Mais quel que soit le chiffre, la problématique des abandons est un sujet de colère pour quasiment tous les responsables de SPA.
Plus 110 % à Colmar et des lapins à Pâques

« On a une augmentation de 110 % des abandons entre 2013 et 2018, et de 20 % entre 2017 et 2018 ! », déplore le président du refuge de Colmar, Pierre Owczarski. Le phénomène est encore plus prégnant pour les chats : « On a un méchant problème car il y a trop de laxisme. On pourrait l'éviter avec la stérilisation obligatoire. Pour les chiens, c'est plus stable, mais on en retrouve chaque année attachés à des arbres... »

Ce refuge annonce 566 abandons au comptoir en 2018, auxquels il ajoute « le millier d'animaux récupérés sur la voie publi-que, dont on n'a pas retrouvé pas les propriétaires ». Pour Pierre Owczarski, il y a des pics de juin à mi-août. La secrétaire Floriane parle de « gros boom en juin dernier. On a eu une trentaine d'abandons "comptoir" alors que c'est une vingtaine les autres mois. Et ça explose pour les animaux trouvés sur la voie publique, avec 141 contre 26 en février ou 40 en mars. » Le président évoque un autre petit pic au moment de Pâques : « Des gens achètent un lapin pour les libérer dans le jardin avec les enfants qui cherchent les oeufs. Après, ils ne peuvent pas les cuire car cela ferait pleurer les petits... alors ils s'en débarrassent ! On en a cinq ou six par an. »
Pas de pic à Mulhouse

Hugues Zech, directeur de la SPA de Mulhouse, ne constate pas d'augmentation des abandons avant les vacances. « Cette année, on a eu davantage de chiens en janvier, février et mars que ce que l'on a à l'heure actuelle. » Il précise que le 11 juillet, le refuge a accueilli quatre personnes qui voulaient abandonner un chien, mais que la semaine précédente, il n'y en avait qu'une. « En même temps, Mulhouse est une ville relativement pauvre. Je pense que peu de personnes peuvent se permettre des vacances... » Sa collègue Céline annonce 12 chiens et 74 chats abandonnés en juin dernier sur le site, auxquels il faudrait ajouter quatre chiens et 48 chats récupérés en fourrière et basculés à la SPA pour adoption. En 2018, les abandons s'élevaient à 125 chiens et 430 chats (97 et 329 en 2017).
« Les Strasbourgeois sont-ils plus sages ? »

Sa collègue strasbourgeoise, Catherine Bronner, établit le même constat. Ses chiffres ne montrent pas d'augmentation des abandons avant les vacances, mais une augmentation globale : presque 30 %. Elle annonce 729 chats abandonnés en 2017, 940 en 2018 « et là, on en est déjà à 500 ». Pour les chiens : 378 en 2017, 439 en 2018 et 219 pour début 2019. « Tout compris, lapins, tortues, perruches, octodons, poules, poissons rouges..., on était à 1 100 en 2017, 1 400 en 2018 et 758 pour les six premiers mois de 2019. »

Selon elle, les chiffres mensuels varient beaucoup d'une année sur l'autre. « Il n'est pas possible d'établir une augmentation au moment des vacances. Peut-être les Strasbourgeois sont-ils plus sages que d'autres ? » En revanche, il y a moins d'adoptions l'été. Elle évoque aussi les maltraitances : « On a retiré 116 animaux pour mauvais traitements. »
Ebersheim : « La prolifération des chatons fausse les chiffres »

« Dans les chiffres d'abandons, il y a énormément de naissances de chatons. Le problème, c'est ça, il faut rendre obligatoire la stérilisation », indique Jean-Pierre Blondé, président de la SPA d'Ebersheim, près de Sélestat. Compte tenu des périodes de reproductions du chat, les pics démarrent en juin et durent jusqu'à fin juillet/mi-août selon le responsable. « On a une soixantaine d'entrées en janvier, février ou mars, et on passe à environ 150 en juin, juillet, août. J'ai déjà fait des pics à 200. »

Lui annonce entre 600 et 800 abandons par an. « Même si elle n'est pas constante, on voit une augmentation au fil du temps, c'est sûr. Il y a dix ans, on ne faisait même pas 1 000 animaux... Là, je suis déjà à 540 entrées en juin ! »
Saverne : « Le problème, c'est plutôt la gestion des animaux âgés »

Sur sa page d'accueil du site internet, la SPA de Saverne prévient qu'elle ne prend plus de chats car elle est saturée. « On est obligé de fonctionner avec liste d'attente, comme chaque année à cette période », indique Sandrine.

Le refuge a recueilli 174 chiens abandonnés avec déclaration en 2018, auxquels il faut ajouter 63 chiens récupérés par la fourrière et non restitués. Pour les chats, c'est 40 abandons « clairs » et, côté fourrière, 563 félins pris en charges et 15 restitués... « Cela ferait 548, mais pour moi, ce ne sont pas des abandons, c'est de la prolifération. Je pense que le vrai abandon est à la marge, peut être une dizaine, voire une vingtaine pour être très large. »

Elle non plus ne constate pas de pics avant les vacances. « Je n'ai pas l'impression qu'on soit plus débordé qu'à d'autres périodes de l'année... Les gens gèrent les vacances. Pour moi, le problème, c'est plutôt la gestion des animaux âgés avec des problèmes de santé. Les gens n'ont pas toujours conscience que l'animal représente un coût. Quand on leur dit que la stérilisation de leur chat coûte 100 à 120 EUR, ils tombent des nues. Il faut avoir les moyens. On nous appelle souvent pour savoir si on peut aider à payer une opération... Ce n'est pas possible ! Certains préfèrent alors abandonner leur animal car ils savent que nous, on va s'en occuper jusqu'au bout. »

Pour Sandrine, le plus gros souci des SPA, ce ne sont pas les abandons, mais les chats errants. Et les cas de maltraitance : « C'est une grosse partie de notre travail. Là, on en a une bonne vingtaine en cours... Et on n'a pas assez de salariés pour y faire face. »
Textes : Annick WOEHL Photos : Vincent VOEGTLIN PLUS WEB Notre vidéo sur le site internet : www.lalsace.fr