L'alimentation, un défi aussi pour le climat

Publié dans le panorama le Samedi 03 août 2019 à 06:48:33

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L'alimentation, un défi aussi pour le climat
 

 
Selon Greenpeace, il faudrait réduire de 50 % la consommation de viande et de produits laitiers à l'échelle de la planète. Photo Julio PELAEZ/AFP
Comment nourrir une population toujours plus importante sans détruire la nature, dont nous dépendons ? Cette question cruciale pour la survie de l'humanité est au coeur de discussions qui se sont ouvertes vendredi à Genève en Suisse.

Le rapport spécial du groupe d'experts de l'ONU sur le climat (Giec), qui doit être rendu public la semaine prochaine à l'issue de ces rencontres à huis clos, sera l'analyse scientifique la plus complète à ce jour sur le sujet. Ce texte de 1 200 pages devrait mettre en avant la façon dont l'alimentation industrielle, du producteur au consommateur, l'exploitation généralisée des ressources, voire certains efforts pour contrer les effets du réchauffement climatique, compromettent notre capacité à nous nourrir dans le futur.
Viande et gaspillage,deux points noirs

Il devrait aussi dresser le tableau d'une société où deux milliards d'adultes sont en surpoids ou obèses et où des quantités importantes de nourriture sont jetées, alors que la faim affecte des millions de personnes à travers le monde. Le texte, examiné de près par les délégations d'environ 195 états, fera l'objet d'une version définitive rendue public la semaine prochaine.

La crainte existe que le système atteigne ses limites alors que la population devrait frôler les dix milliards d'individus au milieu du siècle, contre 2,6 milliards en 1950. La viande et le gaspillage alimentaire constituent deux points noirs. Environ 30 % de la nourriture produite finirait en effet à la poubelle.

« Bien que les terres produisent bien plus de nourriture qu'il n'en faut pour nourrir tout le monde, il existe toujours 820 millions de personnes qui vont se coucher chaque soir en ayant faim », rappelle Stephan Singer de Climate Action Network. « Il faudrait réduire de 50 % la consommation et la production de viande et de produits laitiers à l'échelle planétaire », estime pour sa part Cécile Leuba de Greenpeace.
L'agriculture à la fois « victime et moteur »

« Ce rapport arrive à un moment critique car l'agriculture est à la fois une victime et un moteur du changement climatique », ajoute Teresa Anderson, de l'ONG ActionAid. La culture extensive de céréales comme le soja, utilisées pour nourrir le bétail mais aussi pour les biocarburants, contribuent à la destruction des forêts qui stockent le carbone. En outre, l'agriculture utilise un tiers de toutes les terres émergées et les trois quarts de l'eau douce sur la planète.

« Nous devons tourner le dos à une agriculture industrielle nocive basée sur des produits chimiques, la déforestation et les émissions » de gaz à effet de serre, insiste Teresa Anderson.

Le rapport abordera aussi les questions de désertification et la dégradation des habitats par l'agriculture. Un autre point sera sur les arbitrages à faire entre l'usage des terres pour l'alimentation, le stockage de carbone via les forêts et la production d'énergie à partir de matière biologique. Il n'oubliera pas le sort des populations indigènes et des femmes, particulièrement exposées.