Poutine défié par la rue

Publié dans le panorama le Samedi 03 août 2019 à 06:46:58

© L'alsace, Samedi le 03 Aout 2019
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Poutine défié par la rue
 

 
Des policiers face aux manifestants, samedi dernier à Moscou. Photo Maxim ZMEYEV/AFP
Mauvais signe : le maire de Moscou Sergueï Sobianine a, par avance, dénoncé « une nouvelle provocation » dans les manifestations de ce samedi. Et le parquet général a recommandé la « sévérité »... Samedi dernier, la police avait arrêté pas moins de 1 400 personnes, du jamais vu depuis des années. Et avant même la manifestation, l'opposant Alexeï Navalny avait été condamné à trente jours de prison. Il a depuis été hospitalisé pour une « réaction allergique » - une tentative d'empoisonnement, dénoncent ses proches (lire ci-dessous).
Protestations multiples

Cela ne devrait pas empêcher des milliers de Russes de manifester à nouveau à Moscou. Pour la quatrième semaine de suite, ils vont protester contre le refus du pouvoir de laisser concourir des candidats de l'opposition à l'élection municipale du 8 septembre.

Au-delà, c'est une contestation plus large qui monte en Russie. « Il s'agit simplement de gens qui se battent pour que leur gouvernement les traite enfin avec la dignité et le respect qu'ils méritent », analysait mi-juillet Andreï Kolesnikov, de l'Institut Carnegie-Moscou.

Cette demande s'exprime de mille manières, sur les sujets les plus divers. En mai à Ekaterinbourg, les protestations sont nées de la construction d'une cathédrale orthodoxe sur l'un des derniers espaces verts de la ville. À Arkhangelsk, d'un projet de déversements de déchets dans une forêt. Et ces dernières semaines dans toute la Russie, de l'indifférence du pouvoir face aux incendies qui détruisent la Sibérie. Mercredi, le gouvernement envoyait finalement l'armée appuyer les pompiers...
Les retraites ne passent pas

Ce recul vient après beaucoup d'autres. Comme si Vladimir Poutine, triomphalement réélu en mars 2018 (77 % des voix au premier tour !), sentait la nécessité de lâcher du lest.

C'est que l'intervention de 2014 en Crimée, qui avait redoré sa popularité, est désormais bien loin. Les difficultés sociales ont dominé fin juin le rituel et interminable dialogue (plus de quatre heures...) du président avec les téléspectateurs. La réforme des retraites (âge porté de 60 à 65 ans pour les hommes) ne passe pas, pas plus que la hausse de la TVA. La croissance stagne à 1,4 %, dissipant le rêve de prospérité des classes moyennes qui ont soutenu le régime. La défense de Vladimir Poutine, qui rejette la faute sur les sanctions de l'Occident après la Crimée et la baisse des prix du pétrole, ne convainc plus.
Après lui, le déluge ?

Le régime est cependant encore loin de vaciller. 40 % des Russes se disent prêts demain à voter Poutine président. Et le premier challenger est à 3 %... C'est peut-être la question la plus préoccupante pour la Russie : qui et quoi après Vladimir Poutine, 66 ans dont vingt ans au pouvoir ?
Francis BROCHET