La chaume de Schmargult a cent ans

Publié dans le panorama le Samedi 03 août 2019 à 06:39:11

© Dna, Samedi le 03 Aout 2019
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Massif des VOsges  Auberge
La chaume de Schmargult a cent ans
Adresse incontournable de la route des Crêtes, la chaume de Schmargult accueille depuis cent ans randonneurs et autres visiteurs.
 

 
L'auberge du Schmargult des débuts
Récemment, la famille Neff qui exploitait l'endroit depuis quatre générations, a fêté le centenaire de la ferme-auberge en présence d'amis et des élus locaux de La Bresse, le maire Hubert Arnould, Jérôme Mathieu, conseiller départemental et adjoint, et les adjoints Maryvonne Crouvesier, Geneviève Demange et Raymond Marchal.

À l'origine, la marcairie datant du XIIIe siècle fut remise en état en 1 821 par la famille d'industriels Hartmann de Munster, puis louée à des marcaires alsaciens. Plus tard, elle devint propriété de la commune de La Bresse qui continuait de la louer aux Alsaciens. C'est en 1919 que Jean Neff y prit ses marques du mois de mai à la saint-Michel, fin septembre. Il élevait une vingtaine de vaches vosgiennes à Mittlach, son village natal, montait en avril au Koepfle, une fermette au-dessus du village puis, selon la météo, se rendait plus tard à la chaume où une centaine de bovins transhumait également. Durant ces quelques mois, il embauchait chaque année quatre vachers.

Il se maria, et fin novembre 1922 naissait Berthilde qui, ses études terminées en 1939 revint au bercail. Elle s'occupa des tâches ménagères et des marcheurs qui venaient se restaurer de lard, d'oeufs, de produits laitiers et de pommes de terre.
En 1959, la famille connut une année noire

Arriva la guerre et les vachers furent mobilisés. Il fallut trouver des jeunes pour s'occuper du bétail. Jean-Jacques Neff se présenta ainsi que deux autres, et ils restèrent toute la saison. Jean avait acheté une voiture à Berthilde pour aller chercher la marchandise, lui continuait de vendre les produits laitiers avec son cheval attelé d'une charrette si besoin était. En 1946 il acheta un tracteur que conduisait uniquement Jean-Jacques. Celui-ci, amoureux de la jeune fermière, l'épousa en 1948.

En été 1949, Jean Neff se tua accidentellement. Il n'a pas connu les quatre descendants nés de 1953 à 1957. Son gendre acheta un Unimog qui lui rendait la vie plus facile et permettait aussi de déneiger le village dans ces années-là. En 1959, la famille connut une année noire avec l'épidémie des bovins. Une vingtaine de bêtes fut rachetée et l'étable vide permit d'aménager une salle de restaurant de 40 places ainsi qu'une cuisine. Jusque-là, n'était fonctionnel que l'âtre ouvert. Dès 1961, les habitués furent satisfaits de trouver un peu plus de confort. Le bétail profita d'améliorations pastorales réalisées par l'AVEM
Le couple Neff signa le 23 avril 1968

En 1965, la station de ski de Vologne vit le jour grâce aux frères Remy, et Jean-Jacques et Berthilde sollicités pour une ouverture de leur établissement les week-ends. C'était parti pour les saisons hivernales ! Avec la création de l'association des fermes auberges, en 1967, puis de la route du fromage, le tourisme vert se développa rapidement. Les bâtiments vétustes nécessitaient de gros travaux et la commune décida de les vendre. Le couple Neff signa le 23 avril 1968 le rachat de la chaume et un hectare de terrain, les chaumes restant propriété communale.

Jean-Jacques, une force de la nature, ambitieux, courageux et visionnaire, avait en peu de temps, fait mûrir un projet qui se réalisa jusqu'en décembre 1971, - ouverture pour les vacances de Noël - inauguré en février 1972. La surface au sol fut doublée incluant garage, stockage, chambres personnelles et sanitaires. Au rez-de-chaussée, on trouve une salle de 120 couverts, la cuisine, le bar et le stockage. Au 1er étage sont aménagées dix chambres avec sanitaire.

Les enfants, présents les week-ends, et dès les études terminées, ont participé à la bonne marche de la ferme-auberge. Marguerite prépare à St Gilles un BEPA agricole et travaille sous contrat à la Chambre d'Agriculture, au service gestion, durant les mois d'hiver.

Jean-Jacques décroche un CAP cuisine, enchaîne une saison dans les Alpes avant le service militaire, puis seconde sa maman aux fourneaux. Françoise suit l'école ménagère à Herrlisheim. Et enfin, Martin se forme à la Maison familiale rurale à Ramonchamp, et après le service militaire, prend sa place dans l'exploitation agricole qui évolue.
D'une génération à l'autre

Jean-Jacques Neff s'était vu remettre en 1972 la distinction du Mérite Agricole pour ses engagements dans la profession. Il fut encore honoré des insignes d'officier du même mérite en 1996, pour son parcours de montagnard, marcaire représentant l'attachement de l'agriculture de la montagne vosgienne.

Au fil du temps, les jeunes ont fondé leur foyer, les épouses participant activement au fonctionnement de l'auberge familiale.

Les années passent, les parents se retirent doucement du tumulte des hauts et Marguerite prend la main. En 1988, elle opte pour une restructuration de l'ensemble : cuisine, self-service et terrasse, le tout fonctionnel et adapté à la situation.

L'été, le massif vosgien est très prisé, mais l'hiver la clientèle est également en hausse grâce au développement de la station, marquée par le passage de nombreuses personnalités durant les 50 dernières années. L'exploitation agricole passe alors à une dimension supérieure avec salle de traite et davantage de bovins. Chaque hiver des nouveautés ou améliorations apparaissent dans la station. Il en va de même au Schmargult pour fidéliser la clientèle.

Jean-Jacques Neff décède fin avril 2009, alors qu'un projet en vue faisait encore sa fierté au début du mois, à savoir l'extension du bâtiment pour l'agrandissement des chambres avec sanitaire au goût du jour, de la terrasse et une entrée reflétant la marcairie d'antan.

Puis, la retraite pour Jean-Jacques et sa soeur Marguerite se profile, eux qui espéraient une continuité familiale. Le destin en a décidé différemment.

Martin, quatrième génération, qui gère l'exploitation agricole depuis des années, avec son épouse à mi-temps depuis le départ à la retraite des parents, s'est associé avec son gendre. Ce dernier, ambitionnant de gérer les deux exploitations, laisse un bilan négatif. Résultat, une auberge invendable et des banques peu conciliantes. Le Schmargult se trouve alors dans une situation tragique. Le fils cadet de Marguerite négocie un congé sans solde pour l'hiver 2017 dans l'espoir de redresser la barre, avec l'aide de sa maman. Malheureusement, n'ayant pas trouvé là sa voie professionnelle, il jette l'éponge, et les parts sociales sont vendues début 2018.

Le Schmargult est désormais aux mains des successeurs à qui la famille Neff souhaite bon vent.