À Armand Jung, la classe politique reconnaissante

Publié dans le panorama le Samedi 03 août 2019 à 06:36:07

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STRASBOURG Politique
À Armand Jung, la classe politique reconnaissante
Le décès de l'ancien député Armand Jung intervient au moment où une génération politique d'élus socialistes qui avaient conquis Strasbourg de haute lutte en 1989 se prépare à quitter l'estrade.
 

 
Les obsèques d'Armand Jung en l'église Saint-Arbogast, ce vendredi 2 août.
C'est un concert de louanges et d'hommages qui ne faiblit pas à travers la ville depuis l'annonce du décès mercredi matin d'Armand Jung. Celui qui fut longtemps le seul député de gauche dans un département réputé à droite, n'en finit pas d'être salué. Et de toutes parts. Ses amis, ses alliés, ses compagnons de route, comme ses adversaires politiques ont tenu, par communiqué, sur les réseaux sociaux, ou directement en contact avec ses proches, à exprimer leur respect pour l'homme, le militant associatif et l'élu.
Trente ans de vie politique strasbourgeoise

On se pressait ce vendredi, pour les obsèques en l'église Saint-Arbogast de la Montagne Verte, autour de Martine Jung son épouse, Aurélie sa fille, et Eric Elkouby, son collaborateur, « fils spirituel » et héritier politique. Et les regards convergeaient vers le cercueil qui avait été recouvert d'un drapeau français « pour souligner son attachement aux valeurs de la République », a expliqué le père Philippe Rapp.

Beaucoup de responsables associatifs étaient présents, ainsi que des élus de tous bords, de gauche comme de droite et pas mal de socialistes, actuels ou anciens, habitués ou pas du 40 de l'avenue des Vosges, le quartier général d'Armand Jung et de son équipe. Et dans les esprits de tous, c'est une page de la vie politique strasbourgeoise qui se tourne. Parce qu'Armand Jung fait partie de la génération d'élus qui a fait basculer Strasbourg à gauche il y a de cela trente ans. Cette génération se prépare maintenant à quitter l'estrade politique.

Pour Jean-Emmanuel Robert, qui a fait partie de plusieurs équipes électorales de droite défaites par Armand Jung, « c'était un grand stratège. Et je pense que sa victoire aux départementales en 1988 a ouvert une brèche qui a mené aux municipales de 1989 ». C'est-à-dire à la victoire de Catherine Trautmann. C'était il y a exactement trente ans.

Catherine Trautmann, éloignée pour raisons familiales, n'était pas aux obsèques ce vendredi, mais dans un communiqué publié mercredi, elle a rendu hommage à celui qui fut son suppléant et avec qui elle a remporté la législative de 1997. « Doté d'un véritable flair politique, explique-t-elle, il a beaucoup contribué à la victoire aux élections municipales de 1989. Puis nous sommes partis ensemble à la conquête de la 1re circonscription de Strasbourg que nous avons remportée en 1997 et dont Armand est resté député pendant de longues années au bénéfice de ses concitoyens et de sa ville, Strasbourg. »

Armand Jung, Catherine Trautmann mais aussi Roland Ries et Jean-Claude Petitdemange formaient, comme l'a rappelé Jacques Fortier dans nos colonnes cette semaine, un quatuor de rocardiens, qui a connu des hauts et des bas, c'est peu de le dire. De la victoire aux municipales de 1989, à celle de 2008 en passant par celle de 1995 ; mais aussi la désunion et son corollaire, la défaite, en 2001. Jean-Claude Petitdemange d'ailleurs, dont la dissidence a coûté la mairie de Strasbourg aux socialistes en 2001, était là ce vendredi, dans l'église Saint-Arbogast. « C'est une page qui se tourne », confirme-t-il. Quant à la victoire de 1989, « c'était dans l'air du temps. J'avais commandé un sondage à l'époque, quand j'étais à Matignon (chef de cabinet de Michel Rocard, ndlr), et la question était voulez-vous le changement ?". Le oui l'emportait à 55 %. Strasbourg était en retard par rapport au reste du pays. » Les élections municipales sont venues rectifier le tir.
Vers les élections de mars prochain

Chacun saisit bien que le décès d'Armand Jung intervient dans un contexte politique très particulier, en pleine phase de recomposition du paysage politique national et local. Cette génération de rocardiens va bientôt descendre de l'estrade, même si Catherine Trautmann affirme aujourd'hui dans une interview au magazine Or Norme qu'elle entend bien « contribuer à la réflexion sur la période à venir ». Mais Roland Ries, lui, a d'ores et déjà annoncé qu'il ne sera pas candidat à sa propre succession à la mairie de Strasbourg. Quant au président de l'Eurométropole Robert Herrmann, qui fut adjoint de Catherine Trautmann dès 1989, un temps tenté de se lancer en campagne, il a également annoncé jeter l'éponge.

C'est donc un chapitre important de la vie politique strasbourgeoise qui va se refermer en mars prochain. Quant à la suite de l'histoire, c'est une page blanche qui reste à écrire.
Olivier CLAUDON