Pour les jeunes vignerons, l'irrigation n'est pas la solution

Publié dans le panorama le Vendredi 02 août 2019 à 06:35:33

© L'alsace, Vendredi le 02 Aout 2019
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Pour les jeunes vignerons, l'irrigation n'est pas la solution
 

 
Pour lutter contre le stress hydrique de la vigne, le sol est paillé pour garder l'humidité. Photo DNA /Franck DELHOMME
« Une vigne irriguée ne doit pas avoir l'AOC Alsace », assène le groupe des jeunes du Synvira, le Syndicat des vignerons indépendants d'Alsace. « Les vignes d'appellation contrôlée doivent refléter un lien au terroir, dont les limites forment les qualités. On sait de longue date que la pluviométrie en Alsace est très faible. L'irrigation n'est pas de nature à améliorer le potentiel qualitatif des millésimes. Ce n'est pas une solution technique pertinente pour le vignoble. »
Des alternatives écologiques

Autre constat : « la vigne est une plante sobre qui pousse dans des climats bien plus austères que l'Alsace, mais avec des rendements plus raisonnables ». Pourquoi l'irriguer ? Et ce d'autant plus qu'il existe d'autres méthodes telles que « les couverts végétaux permanents qui maintiennent l'humidité et la vie dans les sols et permettent d'économiser les passages de tracteurs à la forte empreinte carbone », plaide la nouvelle génération.

L'adaptation de la taille à la nature des terroirs sans apports d'engrais minéraux, le choix de porte-greffe plus appropriés à la nouvelle donne environnementale constituent d'autres réponses possibles.
« Une fuite en avant »

À cela s'ajoute l'argument économique avec l'importance des investissements (forage, pompage...) nécessaires pour irriguer, « que peu d'entreprises auront les moyens de réaliser ». Cela aura pour conséquence de créer à l'échelle de la filière, « des distorsions de production » entre les exploitations qui pourront irriguer et les autres. Sans compter le caractère dispendieux de ce choix technique au niveau des ressources en eau qui font déjà défaut.

Pour les jeunes vignerons l'irrigation est « une fuite en avant » qui reflète « notre incapacité » à gérer l'appellation Alsace sur le long terme. Si une réflexion a été engagée sur le sujet, « ce n'est pas, estiment-ils, dans un but qualitatif, mais plutôt dans l'intention d'obtenir le coût de revient le plus bas pour certains professionnels soumis à des marchés de volumes ».

Les mêmes approuvent en revanche le souhait de l'Ava (Association des viticulteurs d'Alsace), gestionnaire de l'appellation, de « diminuer exceptionnellement les rendements cette année ». La situation des ventes de vins d'Alsace le justifie selon eux : « Rapportée à la surface viticole, la commercialisation actuelle correspond à un rendement de 59 hl/ha. Pourquoi continuer à en produire 80 ? »