Gozi, un Italien à Matignon

Publié dans le panorama le Vendredi 02 août 2019 à 06:05:53

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Gozi, un Italien à Matignon
 

 
Sandro Gozi au lancement de la campagne des européennes de la liste LREM. Photo Jacques DEMARTHON/AFP
Un employé entre installer une lampe. Une conseillère passe la tête pour demander quand accrocher les tableaux... Nous sommes ce jeudi matin à Matignon dans le bureau en chantier d'un nouveau conseiller du Premier ministre. Classique, sauf qu'il s'agit... d'un ancien ministre italien : Sandro Gozi, 53 ans, secrétaire d'État italien aux Affaires européennes de 2014 à 2016, devenu chargé de mission d'Édouard Philippe pour les questions européennes.
Di Maio veut lui retirer la nationalité

Le tollé a été immédiat en Italie. « On doit évaluer s'il faut lui retirer la nationalité italienne : il trahit l'Italie », a déclaré Luigi Di Maio, vice-président du Conseil et leader du Mouvement 5 Étoiles. L'intéressé réplique : « La Ligue s'affiche, mais les 5 Étoiles sont pires, ce sont les nationalistes du XXIe siècle. Ils utilisent les réseaux sociaux pour désigner des traîtres, une manière d'assassinat politique... Ce sont des nationalistes numériques ! »

Sandro Gozi se définit comme « un citoyen européen de nationalité italienne ». Défendant les mêmes convictions à Bruxelles auprès du président de la Commission de l'époque, Romano Prodi, puis à Rome et aujourd'hui Paris.
« L'Italie laissée seule »

« La France, dit-il dans un français parfait teinté d'un léger accent transalpin, est le pays que je connais le mieux après l'Italie. » Venu la première fois à 17 ans, il y a été étudiant Erasmus, puis doctorant à Sciences-Po, où il enseigne depuis 15 ans.

Il le reconnaît, « entre la France et l'Italie, il y a eu des moments difficiles ». Il se souvient de la crise des migrants au côté de Matteo Renzi, en 2014 : « Nous avons toujours dit que la migration n'était pas un problème national italien, grec ou maltais, mais le principal problème européen... L'Italie a été laissée seule trop longtemps. S'il y avait eu dès le départ plus de solidarité européenne, on n'aurait pas mis autant d'essence dans le moteur nationaliste ».

Les choses ont changé, depuis. Pour preuve, mercredi, la coopération de plusieurs pays européens afin de répartir les migrants du Gregoretti. « C'est une solidarité au cas par cas, qui doit devenir permanente. » Il ne désespère pas que l'Italie en devienne partie prenante.
Le Rubicon, tout petit

Sandro Gozi n'est que de passage à Matignon. Élu député européen sur la liste Renaissance de LREM, il rejoindra Strasbourg dès le Brexit des eurodéputés britanniques. Il y continuera de travailler à la réforme de l'Europe voulue par Emmanuel Macron. Avec une âme revendiquée de pionnier : « Je suis né en Romagne, à Sogliano al Rubicone. Depuis que je suis né, franchir le Rubicon est une habitude ».
Francis BROCHET