À l'école de la désobéissance civile

Publié dans le panorama le Vendredi 02 août 2019 à 05:58:22

© Dna, Vendredi le 02 Aout 2019
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société Actions chocs pour le climat
À l'école de la désobéissance civile
Des ONG proposent des stages de formation à l'action non violente. Les militants y apprennent les clés d'une opération réussie mais aussi des conseils pour répondre à la police en cas d'arrestation.
 

 
L'exercice « poids lourd » pour ralentir une évacuation.
Détacher des portraits d'Emmanuel Macron dans les mairies, bloquer l'accès des salariés de Total à la Défense ou envahir un pont parisien. Les militants climat débordent d'idées pour dénoncer l'inaction des politiques et des entreprises face au réchauffement de la planète. Finies les classiques manifestations, l'heure est à « l'action non violente » et à la « désobéissance civile ».

Des ONG, comme ANV COP21 ou le collectif Les Désobéissants, proposent même des formations pour se préparer à ces opérations coup de poing. La contribution est libre et permet de financer les futures actions et les frais d'avocats éventuels des militants en cas d'arrestation.

Rendez-vous est pris un dimanche, à Paris, avec ANV COP21. Une trentaine de jeunes hommes et femmes ont sacrifié leur grasse matinée pour apprendre les rudiments de l'action climat. Au menu, formation théorique : que disent les dernières conclusions des scientifiques du GIEC sur le réchauffement climatique ? La désobéissance civile, c'est quoi ? et pratique : que répondre si vous êtes en garde à vue ? Comment se positionner dans un sit-in pour être indélogeable par les forces de l'ordre ?
Objectif : sauver la planète

« Pour la planète, chaque degré compte. Face au réchauffement climatique, on a besoin d'un changement rapide et complet. Avec l'influence des lobbys, le processus légal est beaucoup trop lent », plaide Etienne, le formateur âgé de 24 ans, qui arrive à une conclusion : « Ce qui est légal n'est pas toujours légitime. Et ce qui légitime n'est pas toujours légal ». Sur le mur, un rétroprojecteur diffuse la photo d'une femme noire assise dans un bar réservé au blanc dans les années 1950. Ils veulent faire bouger les lignes en organisant des événements hors la loi. Avec une limite - rappelée tout au long de la formation : la violence. Pas question d'en venir aux poings, ni aux insultes. Créer un rapport de force mais éviter la bagarre.

Une fois les bases théoriques posées, place à la stratégie. Le principe : trouver une cible (entreprise, administration...) pour illustrer un message politique. Sur le mur défilent les images d'un blocage. À Pau, lors qu'une réunion réunissant des industriels des énergies fossiles, des militants armés de coussins comme boucliers, prennent d'assaut le Palais des Congrès. Ils s'allongent devant le bâtiment pour en interdire l'accès aux congressistes. Dans cette action commando, tout est préparé à l'avance, minuté et chacun joue un rôle précis.
De l'importance du secret

Le stage permet d'intégrer tous les codes, et la logique de préparation. Comme dans un bon film d'action, l'équipe de coordination - une poignée de militants qui a défini la cible et le message politique - repère les lieux. Comment on y accède ? Y a-t-il des vigiles ? Quels sont les horaires des salariés et les horaires d'ouverture ? Et surtout... quel est le bon angle pour les caméras et y-a-t-il une belle lumière pour les photos ? Car, dans la désobéissance civile, la communication est aussi importante que l'action. Le but est de diffuser de manière virale des images pour faire réagir l'opinion.

Le plan est préparé dans le plus grand secret. L'information est cloisonnée pour que rien ne fuite. Vient ensuite la répartition des rôles sur le terrain : du « peace keeper » pour rassurer les riverains au porte-parole en passant par la base arrière communication et le contact police. Car, c'est le risque de ce genre d'actions, on peut finir en garde à vue.

Place aux ateliers pratiques. Assis sur le sol en carrelage, les militants entremêlent leurs jambes et leurs bras pour former une chaîne humaine. Ils s'essaient à la « chenille » et au « tapis » : autant de techniques pour être difficilement délogeables par les forces de l'ordre. Autre exercice : le poids morts. Dans le rôle des CRS, deux militants agrippent un troisième, allongé à terre, par les pieds et les mains. Il doit s'entraîner à se faire le plus mou possible... pour être si lourd qu'il faut beaucoup plus de temps pour le déplacer. Et si on finit au poste ? Là aussi l'ONG donne des conseils : donner le minimum d'informations. « Ce n'est pas le moment de faire des grands discours sur le réchauffement climatique », sourit Etienne.
À Paris, Élodie BÉCU