Pourquoi la police déprime ?

Publié dans le panorama le Vendredi 02 août 2019 à 05:57:35

© Dna, Vendredi le 02 Aout 2019
Droits de reproduction et de diffusion réservés
Télecharger la version PDF

 

Sécurité 46 suicides depuis le 1er janvier
Pourquoi la police déprime ?
La police nationale fait face à un nombre inquiétant de suicides cette année. Jeudi encore, un CRS de Lille s'est donné la mort. La conséquence d'un ras-le-bol général qui amène certains agents à craquer définitivement.
 

 
Au moins 46 policiers ont mis fin à leurs jours depuis le début de l'année 2019.
Au moins quarante-six policiers se sont suicidés en France depuis le mois de janvier. Ce jeudi encore, un homme de la CRS11 s'est donné la mort à Lille. Rien que la semaine dernière, cinq policiers ont mis fin à leurs jours. Un agent de police de 46 ans s'est également suicidé mercredi. Des chiffres « malheureusement historiques » pour Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative Police. En moyenne, cinquante suicides sont recensés tous les ans selon le ministère de l'Intérieur. Les chiffres de cette année font redouter le pire à Denis Jacob : dépasser la centaine fin 2019.
Les conditions de travail sont pointées du doigt

L'état des commissariats, le manque de moyens et les véhicules non renouvelés font partie des soucis professionnels majeurs qui, souvent, viennent se superposer à des difficultés d'ordre personnel. À cela s'ajoute le «suremploi», notamment depuis la vague d'attentats de 2015, qui a conduit au renfort de la sécurité. Avec un week-end (samedi et dimanche) sur six, l'organisation du travail des policiers joue aussi un rôle non négligeable sur leur bien-être. De quoi perturber fortement la régularité des repos et les moments de répit auprès de leurs proches. Une expérimentation est prévue à partir du mois de septembre, qui permettra aux agents d'avoir un week-end (samedi et dimanche) sur deux. En contrepartie, ils devront travailler douze heures pendant deux jours consécutifs. Tous ces facteurs cumulés amènent inévitablement certains policiers à craquer, physiquement et mentalement. Ces derniers ne sont pas aidés par leur quotidien, confronté à la misère sociale, à la mort et au sang.
Un manque de considération et de reconnaissance

Les soucis de la profession se jouent aussi en interne où le relationnel hiérarchique et le management connaissent parfois de grosses difficultés. Mais également en public où de nombreuses interventions policières sont sujettes à polémique, amenant à des mois d'enquêtes, parfois classées sans suite comme pour l'interpellation des lycéens dans les Yvelines en décembre 2018.

Cette dernière année, la pression du mouvement des gilets jaunes s'est particulièrement fait ressentir. Denis Jacob explique : « il y a eu des slogans très durs comme "suicidez-vous !", c'est très pesant pour nous, il y a sûrement un lien de cause à effet. Il y a aussi des situations individuelles de souffrance. Additionnées aux difficultés de la profession, le risque de suicide est d'autant plus élevé ».
Des structures d'aide peu nombreuses et peu décisives

Les policiers en souffrance peuvent se faire aider auprès de structures comme le Service de Soutien Psychologique Opérationnel (SSPO) qui est composé de plus de 80 psychologues cliniciens. Une "cellule alerte prévention suicide" a également été lancée fin avril. Mais force est de constater que le taux de suicide reste croissant.
Elouan BRAULT