Mort de Steve à Nantes : l'exécutif en première ligne

Publié dans le panorama le Jeudi 01 août 2019 à 06:21:20

© L'alsace, Jeudi le 01 Aout 2019
Droits de reproduction et de diffusion réservés
Télecharger la version PDF
Mort de Steve à Nantes : l'exécutif en première ligne
 

 
Le Premier ministre Édouard Philippe a pris la main sur le dossier, reléguant le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner au second plan. Photo Lionel BONAVENTURE/AFP
Un an après l'affaire Benalla, qui a fait basculer la macronie dans la crise, le gouvernement semble déterminé à ne pas reproduire les mêmes erreurs en occupant cette fois le terrain en force.

Sur le perron de Matignon, Édouard Philippe a tenu mardi à affirmer en personne que le rapport de l'IGPN n'établissait « pas de lien » entre l'intervention des forces de l'ordre et la disparition de Steve Maia Caniço lors de la Fête de la musique à Nantes le 21 juin, tout en saisissant l'inspection générale de l'administration (IGA) afin d'« aller plus loin ».

À ses côtés, mais en retrait, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner est resté silencieux, visage fermé. L'affaire est suivie de près par Emmanuel Macron qui a, selon l'Élysée, appelé Édouard Philippe et Christophe Castaner à « prendre les initiatives nécessaires » depuis le fort de Brégançon, où le chef de l'État est en vacances.

Dans l'entourage du Premier ministre, on se refuse à évoquer toute mise sous tutelle de Christophe Castaner. Selon un proche, il y a deux messages qu'Édouard Philippe, « inquiet depuis le début », voulait faire passer en montant ainsi en première ligne : « Un message d'émotion forte, celle de tous les Français, et l'engagement de transparence. Or, c'est plus fort quand c'est le Premier ministre lui-même qui fait passer ce message, au nom du gouvernement », explique cette source, ajoutant qu'il fallait « prendre à bras-le-corps cette affaire qui est tout sauf banale ».
L'opposition s'indigne

Pour Philippe Moreau-Chevrolet, professeur en communication politique à Sciences Po, il n'est pourtant « pas logique que le Premier ministre doive intervenir » sur un tel dossier. Selon cet expert, le soutien exprimé à Christophe Castaner est « à double tranchant », marquant « le désaveu, la marginalisation » du ministre de l'Intérieur qui « n'est plus capable de gérer seul la situation ».

Cette supposée relégation au second plan est en tout cas largement exploitée par l'opposition. À droite, le député du Vaucluse Julien Aubert (LR) a reproché au ministre de l'Intérieur une « forme de dilettantisme » et appelle à un remaniement gouvernemental.

À gauche, le chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a fustigé le « régime macroniste qui a ouvert le cycle des violences et de la politisation de la police et de la justice ». Avec les ministres « Castaner et Belloubet, les bras ballants, toujours prêts à justifier n'importe quoi ». « La mort du jeune Steve est désormais une affaire d'État », a renchéri Julien Dray (PS).

En marge de ces joutes politiques, de nombreux appels ont été diffusés sur les réseaux sociaux depuis l'identification du corps de Steve Maia Caniço, appelant à rendre hommage samedi à Nantes au jeune homme disparu. Le rendez-vous a été fixé au centre-ville, à 13 heures.