Voie de liaison sud à Haguenau : un « nouveau GCO » ?

Publié dans le panorama le Jeudi 01 août 2019 à 06:09:54

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Voie de liaison sud à Haguenau : un « nouveau GCO » ?
 

 
Christophe Brua, de la Société alsacienne d'entomologie, dénonce l'insuffisance des mesures compensatoires mises en oeuvre par la communauté d'agglomération de Haguenau dans le cadre du projet de voie de liaison sud. Photo DNA /Sonia DE ARAUJO
Depuis mai dernier, les engins de chantier s'affairent route de Weitbruch, à Haguenau, où un pont au-dessus de la voie ferrée est en construction. Officiellement lancés en juillet, les travaux de la voie de liaison sud (VLS) se poursuivent sans faire de bruit. Ou presque. Si un temps un vent de contestation avait soufflé chez les rive-rains qui craignaient la construc-tion d'une voie de contournement, il n'en est rien aujourd'hui. Aucune action juridique ou symbolique contre le projet n'a été lancée. Sollicitée dès le lancement des études d'impact par la communauté d'agglomération de Haguenau, l'Association alsacienne d'entomologie qualifie pourtant le projet haguenovien de « nouveau GCO ».

Pour son président, Christophe Brua, « l'inventaire de la faune et la flore présentes dans la zone d'études n'est pas bon. Les populations ont été sous-évaluées », notamment celles de la gagée des prés et des champs, une espèce protégée. « Le projet, poursuit-il, n'a pas été pensé dans sa globalité. Il a été saucissonné. Il ne prend pas en compte le remembrement et l'urbanisation future qu'il induit.

Photographie de gagées des prés repérées sur la zone d'étude de la VLS et non répertoriées par les études, transmise à la CAH et aux services de l'État par les associations nature lors d'une consultation publique. Document remis /SFS CERPEA SAE

La VLS reliera l'entrée sud-ouest de Haguenau à la route du Rhin, à l'est. De 5,5 km de long, elle traversera des terres actuellement cultivées, des prairies, des boisements et des friches. Quelque 15 ha d'habitats d'espèces protégées seront impactés par sa construction, comme la gagée des prés et des champs, donc, mais aussi la libellule agrion de mercure, le papillon azuré des paluds, sans oublier sept espèces de chauve-souris, 31 d'oiseaux dont la pie-grièche...
13 mesures de réduction

« À chaque fois que cela a été possible, nous avons évité d'impacter la biodiversité. Il nous a fallu ainsi deux ans pour définir le tracé de la VLS, répond André Erbs, vice-président de la communauté d'agglomération du Haguenau (CAH) qui porte le projet. « Les espaces à enjeux forts ont été évités : les zones spéciales de conservation Natura 2000, celle de l'aérodrome pour protéger l'armérie à tige allongée et celles situées au sud et à l'est pour les chauves-souris », détaille Franck Heit, à la direction des grands projets de la CAH.

Pour compenser la perte ces 15 ha d'habitats d'espèces protégées, 13 mesures de réduction et 11 mesures compensatoires ont été prescrites en juin 2019 par la préfecture, suite aux propositions de la CAH. Elles porteront sur 53 ha. Leur coût ? 600 000 EUR, pris en charge par la CAH. Parmi ces mesures, le déplacement des bulbes de gagées, l'aménagement de 13 tunnels sous la VLS pour permettre à la faune de franchir la route sans risque, la conversion de 5 ha de parcelles cultivées en prairie, la plantation de 8 ha de forêt. Mais pour l'association, « la nature n'est pas un puzzle. On n'y découpe pas des parties et on les colle ailleurs, sans risquer de déséquilibrer ce qui reste en place et de déséquilibrer le milieu accueillant. »
Sonia DE ARAUJO