Masevaux, territoire d'expérimentation

Publié dans le panorama le Jeudi 01 août 2019 à 05:56:54

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Masevaux, territoire d'expérimentation
 

 
Jean Rottner était ce mercredi au col du Schirm, à Masevaux, aux côtés de l'ONF et d'élus pour constater « l'ampleur de la situation » des sapins rougis.  Photo L'Alsace /Vincent VOEGTLIN
L'image est frappante. Au col du Schirm, à Masevaux, comme dans la forêt de Sickert, les sapins rougis occupent de plus en plus d'espace au milieu de la forêt. Le phénomène est grandissant et l'Office national des forêts (ONF), qui a déclenché en début d'année la « crise sanitaire », manque « d'éléments chiffrés » pour jauger ce phénomène et savoir jusqu'où il ira (lire ci-dessus).

C'est dans ce contexte que Jean Rottner était ce mercredi après-midi en visite auprès des maires de Masevaux et de Sickert, entourés de représentants de l'Inra, de l'ONF, des Brigades vertes et de chasseurs. « Je suis attristé par cette situation dans cette vallée qui est ma vallée d'origine... C'est pourquoi je suis venu rencontrer les élus, scientifiques et techniciens pour évoquer des solutions et répondre aux enjeux économiques, de développement durable, etc. », a souligné Jean Rottner, sur les hauteurs de Sickert... où trônent des branches mortes de sapin.
120 000 EUR de recettes annuelles en sursis

La vallée de la Doller, mais aussi l'entrée de la vallée de la Thur, du côté de Cernay et de Thann, sont les terrains du massif vosgien les plus touchés par le rougissement des sapins. « Ce sont des secteurs où les précipitations ont dû être moindres. Parfois quelques orages peuvent changer les choses... », explique Cédric Ficht, directeur de l'agence mulhousienne de l'ONF. Et le maire de Masevaux, Laurent Lerch, de préciser : « Nous sommes la vallée la plus méridionale du massif vosgien. Après nous, c'est la Franche-Comté et je constate que nous n'avons même plus d'orages qui pourraient nous apporter de la pluie ! »

Conséquence de ce phénomène, la commune craint un jour de devoir emprunter au budget principal pour abonder le budget forêt. « Les coûts d'entretien mais aussi les frais d'exploitation seront plus importants pour couper le bois sec, sans contrepartie attendue au niveau du chiffre d'affaires, puisque le bois sec ne nous rapporte rien en comparaison au bois frais », déplore Raymond Trommenschlager, l'adjoint chargé des finances. Il appréhende de voir fondre comme neige au soleil les 120 000 EUR de recettes annuelles que représente la forêt pour la ville.

La commune de Masevaux a donc décidé de réagir. Le maire a fait appel au centre de recherche nancéien de l'Inra pour tenter de trouver des solutions à ce phénomène finalement assez récent. « L'objectif est de mettre en place une expérimentation », note le directeur de recherche Laurent Saint-André. « Il faut tester et diversifier. On pourrait sélectionner des essences de sapins qui ne sont pas natifs d'ici et les planter. »

Les chercheurs imaginent ainsi reboiser petit à petit le massif décimé sur le ban communal masopolitain. « Il faut aller vite », prévient le chercheur. « On va d'abord tester le reboisement par îlots, puis nous ferons d'autres expériences pour savoir comment fonctionne l'écosystème et pour comprendre la biodiversité du sol. » Si les idées fusent, manque aujourd'hui le financement : « Un site atelier pour replanter en îlot, c'est 200 000 EUR à trouver... », relève-t-il.
« Aider d'autres vallées »

Une coquette somme pour une commune d'environ 3 200 habitants. « Aujourd'hui, il existe déjà des aides spécifiques de la région pour les scieries et la replantation qui peuvent monter jusqu'à 40 % d'aides. Mais j'ai le sentiment qu'il faut aller plus loin », insiste Jean Rottner. La région pourrait ainsi débloquer de nouvelles aides cet automne, à condition « qu'elles soient vraiment adaptées aux besoins ».

Des besoins que définiront certainement les expérimentations menées cette année dans la vallée de la Doller. « Nous sommes prêts à ce que Masevaux devienne ce laboratoire, ce territoire d'expérimentations. Nous avons pris un peu d'avance et j'espère qu'elle servira à d'autres vallées, parce que d'autres vallées sont aussi concernées par ce phénomène », constate le maire, Laurent Lerch.
Morgane SCHERTZINGER PLUS WEB Nos vidéo et photossur le site internet : www.lalsace.fr