Nécrologie : Armand Jung l'insubmersible

Publié dans le panorama le Jeudi 01 août 2019 à 05:43:44

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Nécrologie
Nécrologie : Armand Jung l'insubmersible
Député (PS) du Bas-Rhin pendant 18 ans entre 1997 et 2016, Armand Jung est décédé mercredi matin à l'âge de 68 ans. Il avait été victime d'une hémorragie cérébrale en décembre dernier. Portrait d'un élu toujours réélu.

 
En mars 2011, Armand Jung, à droite, félicite son successeur comme conseiller général, Eric Elkouby, son « fils spirituel ». Au centre, son épouse Martine Jung, conseillère municipale de Strasbourg.
L'homme était affable, chaleureux, mélange d'une belle cordialité, d'une réelle habileté et d'une discrète fragilité. Armand Jung, qui fut député de gauche (et souvent le seul) d'un département de droite, avait siégé dix-huit ans au Palais Bourbon. Victime d'une hémorragie cérébrale en décembre, il est décédé ce mercredi matin à 8 h 10 à l'hôpital de Hautepierre.

Armand Jung, né le 13 décembre 1950 à Théding (Moselle), fils d'un mineur de fond et d'une institutrice, est arrivé en Alsace pour y finir ses études. C'est là qu'il passe une maîtrise de droit public et entre comme fonctionnaire territorial, en 1975, dans ce qui était alors la Communauté urbaine de Strasbourg.

C'est la même année que le militant de gauche qu'il est signe une pétition demandant la libération d'appelés incarcérés qui revendiquaient des comités de soldats. Inculpé de tentative de démoralisation de l'armée devant la Cour de sûreté de l'État, il est détenu trois mois à Fleury-Mérogis. Il rappelait que Pierre Pflimlin, maire de Strasbourg, était intervenu pour qu'il soit libre à Noël : l'affaire se soldera par un non-lieu.
Les quatre mousquetaires du rocardisme

Le jeune fonctionnaire territorial avait adhéré en 1973 au parti socialiste unifié (PSU) de Michel Rocard, qu'il suivra en 1978 au PS et auquel il vouera toute sa vie respect et amitié. Rocardien, il sera très proche, mais avec des hauts et des bas, des trois autres « mousquetaires » du rocardisme bas-rhinois, Catherine Trautmann, Roland Ries et Jean-Claude Petitdemange.

Au PS du Bas-Rhin, Armand Jung animera avec finesse - « rouerie », disent ses adversaires - une section puissante qui, faisant souvent la charnière entre les majorités aux congrès, fera et défera politiques et carrières.

Après l'alternance de 1981, il fera partie du premier conseil régional d'Alsace élu au scrutin de liste, de 1986 à 1998. Entre-temps, en 1988, il emportera le canton de Strasbourg-9 (à l'époque Koenigshoffen - Montagne-Verte - Elsau), où il était omniprésent dans la vie associative. Il siégera au conseil général du Bas-Rhin jusqu'en 2011. Il aura été aussi candidat aux municipales, pas à Strasbourg que lui interdit alors son statut, mais à Lingolsheim en 1989 et sans succès.

Suppléant de Catherine Trautmann aux législatives qui suivent la dissolution surprise voulue par Jacques Chirac, il entre au Palais Bourbon quand celle-ci, en juillet 1997, devient ministre de la Culture et porte-parole du gouvernement Jospin. Il sera réélu sur son nom en 2002, battant de 121 voix Robert Grossmann et sera alors le seul député socialiste d'Alsace. Il sera réélu en 2007 et 2012 dans la 1re circonscription du Bas-Rhin, qui aujourd'hui recouvre le nord du centre-ville et les quartiers ouest de la commune - et l'essentiel d'une communauté juive strasbourgeoise à laquelle il aura toujours été très attentif.
Langues régionales et droit local

À l'Assemblée, Armand Jung sera notamment un grand défenseur des langues régionales, y compris contre les jacobins et les sceptiques de son parti. Il suit de près les questions de transports et deviendra en 2012 président du Conseil national de la sécurité routière. L'ancien juriste défendra aussi le droit local, mais dans une compétition qui le vit souvent ferrailler avec un autre juriste, de droite, le sénateur André Reichardt. Armand Jung était d'ailleurs devenu président de la commission du droit local remodelée par Christine Taubira, « soufflant » ainsi la présidence de l'ancienne « commission d'harmonisation » au sénateur.

Avec son épouse, Martine Jung, conseillère municipale de Strasbourg, puis conseillère départementale en 2014, et son collaborateur, puis suppléant Eric Elkouby, qui lui succède au conseil général en 2011, Armand Jung avait composé une petite cellule efficace, admirée ou redoutée.

L'ancien militant avait parfois la dent dure mais aussi le nez fin. « Le projet de Conseil d'Alsace fera pschitt », avait-il prédit dès mai 2011. C'est aussi l'ancien élève du petit séminaire de Montigny-lès-Metz qui, en 2012, jouera le « monsieur bons offices » pour rassurer les cultes inquiets avant la présidentielle d'une attaque contre le concordat.

En novembre 2015, il est victime d'une attaque cardiaque dans la célèbre salle des Quatre colonnes de l'Assemblée nationale. Les suites de ce coup du sort le poussent à démissionner quelques mois plus tard, laissant son fauteuil de député à son suppléant Eric Elkouby jusqu'en 2017.

Les obsèques d'Armand Jung auront lieu vendredi 2 août à 14 h 30 en l'église Saint-Arbogast, à Strasbourg, Montagne Verte.
Jacques Fortier, avec O.C.