Comment baisser les impôts quand on n'a pas d'argent ?

Publié dans le panorama le Mercredi 31 juillet 2019 à 06:26:17

© L'alsace, Mercredi le 31 Juillet 2019
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Comment baisser les impôts quand on n'a pas d'argent ?
 

 
Emmanuel Macron et Gérald Darmanin dans une usine du Nord de la France. Photo Pascal ROSSIGNOL/AFP
En bon français, cela s'appelle racler les fonds de tiroir... C'est l'obsession du gouvernement depuis des semaines, et qui va l'occuper tout l'été : gratter dans les dépenses pour boucler le budget 2020 en respectant l'objectif de 2,1 % de déficit...

Dit comme cela, c'est très abstrait et sans douleur. Ça l'est moins quand on découvre les pistes très concrètes d'économies étudiées par le gouvernement : un coup de rabot sur le congé parental, une baisse des allocations familiales pour les familles aisées, la fin de la bonification des indemnités journalières d'arrêt-maladie pour les parents de famille nombreuse...
Trois milliards à gratter

Ceci pour les ménages. Mais les entreprises ne sont pas oubliées : coup de rabot sur les baisses de cotisations sociales au-delà de 1,6 smic, obligation de compenser la baisse des indemnités journalières...

Ce ne sont là que des pistes, parfois des ballons d'essai destinés à tester les réactions. Mais la réalité demeure que le gouvernement recherche 3 milliards d'euros pour boucler son budget. « En fait, il manque quatre milliards ! » affirme même la députée Valérie Rabault (PS, Tarn-et-Garonne), ancienne rapporteure du budget.
La facture des gilets jaunes

Les comptes, et donc l'ambiance, étaient beaucoup moins tendus l'automne dernier. « Oui, mais il n'y avait pas encore les gilets jaunes, ni une croissance ralentie à 1,4 % au lieu de 1,7, ni le Brexit, ni les tensions commerciales... », répondait le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin la semaine dernière à notre journal. Il ajoutait : « Depuis, nous avons choisi d'accélérer les baisses d'impôts. »

C'est en effet le choix essentiel de ce budget : réduire de 5 milliards d'euros l'impôt sur le revenu des classes moyennes. Une réponse directe aux gilets jaunes, avec la réindexation des petites retraites (coût : 1,5 milliard). Mais il faut maintenant la financer.
Tenir le déficit, euro oblige

Le problème est que le gouvernement a fermé quelques pistes d'économies budgétaires : une forte réduction du nombre de fonctionnaires (ce sera 15 000, au lieu de 50 000), un tour de vis financier sur les retraites, une chasse aux niches fiscales... Le problème est aussi que les baisses d'impôts n'ont pas suffi à redonner confiance aux Français : ils épargnent au lieu de dépenser, freinant ainsi la croissance.

Pas question pour Emmanuel Macron de laisser filer le déficit, sous peine de perdre toute influence à Bruxelles pour la réforme de la zone euro. Il faut donc racler les tiroirs, et cela prendra tout l'été. Le diable sera dans les détails : souvenons-nous du tumulte, à l'automne 2017, autour de la réforme des APL - il y en avait pour 325 millions d'euros...
Francis BROCHET