À Colmar agglomération, le tri des déchets dans la tourmente

Publié dans le panorama le Mercredi 31 juillet 2019 à 05:54:52

© L'alsace, Mercredi le 31 Juillet 2019
Droits de reproduction et de diffusion réservés
Télecharger la version PDF
À Colmar agglomération, le tri des déchets dans la tourmente
 

 
 
« Nous voulons maintenir notre centre de tri Schroll, plaide Guy Waehren, conseiller municipal de Colmar, délégué à la gestion des déchets. Construire un immense site est contre-productif d'un point de vue économique et environnemental. » Le ton est donné. Les élus de l'agglomération colmarienne sont farouchement opposés à la création d'un méga-centre de tri à l'extérieur de l'intercommunalité.

La proposition, discutée lors du conseil communautaire le 27 juin dernier, émane du cabinet d'études Trident, mandaté par l'ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) et CITEO (entreprise privée en charge du recyclage des emballages ménagers). Dans son rapport, le bureau d'ingénieurs dresse un état des lieux de la gestion des ordures en Alsace et suggère des pistes de réorganisation du tri sélectif à l'horizon 2030.
30 emplois en jeu

Car d'ici trois ans, en accord avec la loi de transition énergétique, l'intégralité des emballages plastiques devra être jetée dans les poubelles jaunes. Pour faire face à cette extension des consignes, les centres doivent être « en capacité de traiter au minimum 30 000 tonnes d'ordures par an », selon l'audit communiqué aux élus en juin. « Le tri se complexifie, à l'avenir nous aurons besoin de structures de plus grande capacité. Plus on massifie, plus on réduit les coûts », justifie Guillaume Pageot, responsable de l'étude.

En Centre Alsace, le rapport préconise la mise en place, en 2025, d'un centre capable de trier 45 000 tonnes de déchets par an entre Sélestat et Mulhouse. « Compte tenu de la configuration du territoire densément peuplé, doté d'un réseau routier très développé, c'est l'optimum économique, assure Guillaume Pageot. Les petits sites de proximité sont viables en zone rurale où les infrastructures routières sont insuffisantes. » Un argument qui ne convainc pas les élus de l'agglomération colmarienne.

Ces derniers parlent « d'industrialisation » et refusent que la structure existante sur leur territoire ferme. Possédée par la société privée Schroll, 16 000 tonnes d'emballages ménagers y sont triées chaque année. Un maximum, impossible de traiter un kilo de plus. Le cabinet Trident l'estime donc sous-dimensionnée. « Si nous suivions leur audit, Schroll se résumerait à un hangar de transit », s'énerve Guy Waehren qui rappelle que 30 emplois sont en jeu.
Investissement de 47 millions d'euros

Surtout qu'à 300 mètres, il y a un autre site appartenant à Schroll, Recyparc. 50 000 tonnes de déchets professionnels y sont collectées par an. Guy Waehren regrette que le rapport ne l'ait pas pris en compte : « Les deux sont complémentaires, on pourrait inverser leur activité. » Dans un courrier du 24 mai, adressé au Syndicat mixte pour la collecte et le traitement des ordures ménagères (SMICTOM) d'Alsace centrale, Gilbert Meyer est sur la même ligne.

Le maire de Colmar rejette catégoriquement la construction d'un nouveau centre qui nécessiterait un investissement de 47 millions d'euros et doublerait le coût du tri, actuellement de 111 euros la tonne à Colmar. « Des tarifs exorbitants », « une perspective inacceptable », Gilbert Meyer ne semble pas avoir de mots assez forts.

« Ce faible coût s'explique car l'usine de Schroll est vieillissante », met en garde Guillaume Pageot, avant de poursuivre : « Il ne faut pas sous-estimer les investissements conséquents qui seront à faire prochainement pour accueillir tous les types de plastique ». Tri optique, sécurité incendie, stockage couvert des matériaux, la liste est longue.
« On envoie encore des camions sur les routes »

Ce sera réalisé répondent les élus de Colmar agglomération, avec déjà une autre idée en tête : le tri à domicile des différents plastiques. Une expérimentation est en cours dans l'intercommunalité. Les premiers retours, communiqués lors du conseil communautaire du 27 juin, sont positifs : les quantités collectées sont en augmentation de 54 % et 90 % des emballages amenés par les Colmariens sont en conformité. Guy Waehren veut « pérenniser l'expérience », ce qui permettrait selon lui de « conserver le site de Schroll ».

Argument contre argument, politiques et ingénieurs ne parviennent pas à s'entendre. Gilbert Meyer contestera les résultats de l'audit en septembre prochain à Paris. En attendant, le cabinet Trident se veut rassurant : l'implantation du nouveau centre de tri n'est pas choisie. « S'il est modernisé, Recyparc peut-être une piste intéressante », observe Guillaume Pageot. Une autre bataille s'annonce entre les collectivités. Qui accueillera le site de valorisation dernière génération : le SMICTOM d'Alsace centrale à Scherwiller ou Recyparc à Colmar ?
Marine ERNOULT À NOTER Contacté par L'Alsace, Schroll n'a pas donné suite à notre demande d'interview.