Après les canicules, les médecins s'attendent à une vague de décès

Publié dans le panorama le Mercredi 31 juillet 2019 à 05:50:43

© Dna, Mercredi le 31 Juillet 2019
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SANTé  Épisodes de fortes chaleurs
Après les canicules, les médecins s'attendent à une vague de décès
Les messages de prévention pour les deux derniers épisodes de canicule en Alsace ont porté leurs fruits. Les établissements étaient bien préparés et les gens aussi. À Strasbourg, SOS Médecins a néanmoins constaté une recrudescence de certificats de décès.
 

 
Les messages de prévention pour les deux derniers épisodes de canicule ont porté leurs fruits.
Le Dr Marcel Ruetsch est médecin généraliste dans le Haut-Rhin et secrétaire général de l'Union régionale des professionnels de santé - Médecins libéraux Grand Est. « L'URPS ML n'a pas mis en place de veille sanitaire concernant la canicule. Mais en tant que médecin, je peux dire que l'activité a fortement augmenté pour les médecins pendant les deux périodes de fortes chaleurs. Dimanche, j'étais en régulation libérale au Centre de réception et de régulation des appels (CRRA) pour le Haut-Rhin et entre 0h et 24h, on a eu 600 appels, ce qui est exceptionnel pour un dimanche ! »
Boire oui, maisde façon adaptée

Dans sa pratique quotidienne, il a surtout vu des décompensations cardiaques mais aussi rénales. « Les gens boivent trop car on leur répète qu'il faut boire beaucoup. Mais pour des patients qui ont des insuffisances rénales ou des problèmes cardiaques, ce n'est pas bon. D'autant plus que beaucoup boivent de l'eau pétillante alsacienne qui est trop salée. Ces personnes doivent prendre conseil auprès de leur médecin traitant. »

Il a aussi observé davantage d'oedèmes, notamment des jambes à cause d'un mauvais retour veineux, amplifié par la chaleur. « Même si c'est assez pénible, il faut garder les chaussettes ou les bas de contention. » Les passages du chaud extérieur au froid de la climatisation dans les bâtiments ou la voiture amènent aussi leur lot de névralgies, comme des torticolis, ou des maux de gorge. « On observe aussi des syncopes, des malaises dus à l'hypotension, et davantage de décompensations respiratoires, avec plus de demande d'aérosols pour les asthmatiques. »

En revanche, il observe qu'en Ehpad, « il y a de moins en moins de problèmes car l'attention portée par les équipes est très grande en période de canicule, depuis 2003. Le personnel passe pour faire bouger les gens, les emmener dans des pièces climatisées et ouvrir les fenêtres la nuit pour faire des courants d'air ».

Un constat que fait aussi le Dr Dan Sellam, de SOS Médecins à Strasbourg. « La communication faite par les autorités sanitaires et relayée par les médias a beaucoup servi. Les hôpitaux, les services d'urgences et les Ehpad ont bien anticipé, et nous aussi, en mettant plus de médecins d'astreinte pendant les journées de fortes chaleurs. » Il relève aussi que SOS Médecins a reçu beaucoup d'appels pour demander des conseils et non pas pour qu'un médecin passe ou reçoive un patient. « C'était du genre, mon enfant a passé la journée au soleil, il est rouge et il a chaud. On leur conseillait alors de le rafraîchir par un bain froid, de le mettre au frais et de rappeler si son état ne s'arrangeait pas. Et en général, ça s'arrangeait. La campagne de prévention canicule a aussi eu ce mérite : les gens savaient à quoi s'attendre et n'ont pas paniqué. »
« Organismes fatigués »

En revanche, il a observé une recrudescence de certificats de décès. « La vague des décès dans les Ehpad va suivre, car sur des organismes déjà fatigués et qui ont souffert des épisodes de chaleur, la moindre pathologie qui survient peut avoir des conséquences dramatiques. » Ce qui l'inquiète aussi, c'est la fermeture des cabinets de médecine de ville pour les vacances d'août. « On commence déjà à être beaucoup plus sollicités. »
Geneviève DAUNE