L'Indonésie renvoie les déchets français

Publié dans le panorama le Mercredi 31 juillet 2019 à 05:48:14

© Dna, Mercredi le 31 Juillet 2019
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Environnement Pollution
L'Indonésie renvoie les déchets français
Deux conteneurs de déchets, arrivés illégalement sur l'île indonésienne de Batam, ont été réexpédiés lundi vers l'Hexagone par les autorités locales. Le ministère français de la Transition écologique et solidaire attend des informations de Jarkata sur cette « cargaison empoisonnée ».
 

 
Les conteneurs arrivés sur l'île de Batam contenaient une grosse quantité de plastique de basse qualité, donc difficile à recycler.
Nouvel épisode dans la « guerre des déchets » entre les pays occidentaux et ceux d'Asie du Sud-Est. L'Indonésie a confirmé, mardi, le « retour à l'envoyeur » de sept conteneurs de déchets : cinq sont partis, lundi, à destination de Hong Kong et deux vers... la France.

Détritus ménagers, déchets en plastique, matériaux dangereux... la « marchandise » avait été acheminée en « violation des règles d'importation », ont précisé les autorités locales de l'île indonésienne de Batam (située en face de Singapour). Elles attendent l'autorisation de réexpédier une quarantaine d'autres conteneurs, cette fois vers les États-Unis, l'Australie et l'Allemagne.
« Un message politique »

« Débrouillez-vous avec vos déchets ! C'est un message politique de responsabilisation que ces pays envoient aux Occidentaux. Cela nous met face aussi à ce que l'on produit », analyse Thibault Turchet, juriste à l'association Zero Waste France (zéro déchet France).

Ces dernières semaines, plusieurs autres pays (Malaisie, Philippines, Cambodge, Vietnam, Sri Lanka) ont aussi réexpédié des tonnes de déchets vers leurs pays d'origine. Ils n'entendent pas devenir la « poubelle du monde » après la fermeture, en 2018, des frontières chinoises aux rebuts des pays développés.
Déchets propresou de basse qualité

« Depuis longtemps, le déchet propre s'échange comme n'importe quelle autre matière première », explique encore Thibault Turchet. De 1999 à 2014, les exportations françaises de matières premières de recyclage (ou MPR, soit les métaux ferreux, papier-carton...) ont progressé de 8,3 millions de tonnes à 14,5 (+75 %). Trois pays européens (Belgique, Espagne, et Allemagne) représentent de la moitié des ventes hexagonales de MPR. « Mais les envois vers l'Asie ne sont pas des relations commerciales que l'on peut qualifier de normales car on leur envoie des déchets de basse qualité et ces pays ne sont pas équipés pour les traiter. La marchandise se retrouve souvent aux mains de mafias locales. Elle est brûlée à l'air libre ou stockée dans des décharges sauvages. Cela a un impact environnemental très fort », note Thibault Turchet.
À qui appartient cette cargaison ?

Concernant le renvoi des deux conteneurs de déchets français, le ministère de la Transition écologique et solidaire « a déjà demandé aux autorités indonésiennes des informations et est en attente de connaître : les cargaisons concernées, les illégalités constatées, le (s) propriétaire (s), le trajet retour et son port d'attache », a tweeté, mardi après-midi, la secrétaire d'État Brune Poirson. « Lors de leur arrivée, les déchets devront être caractérisés (dangereux ou non) pour savoir quel traitement leur apporter. »
Jusqu'à 150 000 EUR d'amende

Et la secrétaire d'État de préciser : « Aujourd'hui, le droit international interdit l'exportation de déchets dangereux (amiante, etc.) sans notification, mais il est autorisé pour une société française de vendre ses déchets (emballages) à une société européenne qui peut, elle-même, les revendre à une autre société ». Selon les sanctions prévues dans le code de l'environnement, « le producteur et le détenteur de déchets encourent jusqu'à 150 000 euros d'amende ». Contacté, le ministère de l'Écologie n'a pas souhaité préciser la date et le port d'arrivée des conteneurs.