Les veilleurs du Herrenfluh

Publié dans le panorama le Mercredi 31 juillet 2019 à 05:21:38

© Dna, Samedi le 27 Juillet 2019
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Uffholtz Patrimoine
Les veilleurs du Herrenfluh
À Uffholtz, grâce à la mobilisation de passionnés réunis autour du « veilleur » Ludovic Faessel, la ruine du château fort du Herrenfluh est en cours de consolidation. Un des rares châteaux dont on connaît la date de construction.
 

 
Le mur de blocage du Herrenfluh.
Il n'en reste plus qu'un moignon, mais il faut le préserver. Et c'est en cours depuis l'année dernière. Ludovic Faessel, d'Uffholtz, a réuni autour de lui une petite équipe pour sauver ce qui peut encore l'être. « Il subsiste vraiment peu de chose. Un reste du blocage d'un mur, quelques pierres formant un soubassement et une histoire », indique-t-il d'emblée. « En plus, il subsiste beaucoup de questions : d'où provenait l'eau ? Était-il habité ? Combien de pièces y avait-il ? Possédait-il une tour ? Comment était organisé ce château ? Le moignon qui est debout fait-il partie d'un bâtiment et lequel ? Quand a-t-il été détruit ? La lecture et l'interprétation du site sont difficiles », concède le veilleur.
À 858 m d'altitudeet à dos d'homme

L'an passé, une première opération de consolidation a été entreprise avec Sébastien Hug, France Giacona, Pierre Lohner, Baptiste Baumert et Benoît Braeuner. « Nous avons travaillé aux restes du mur sud qui forment une barre d'une faille, raconte Ludovic Faessel. Cette année, fin août, nous allons travailler sur le mur ou plutôt sur ce qui reste des pierres de blocage qui forment la ruine. » On sait que le mur d'un château était « construit de manière à monter deux parois souvent en pierres taillées et, entre elles, les constructeurs y inséraient des pierres fixées avec du mortier de chaux. Les murs intérieur et extérieur formaient corps avec le comblement », souligne-t-il.

Quant aux moyens, il ajoute que « la commune a fourni le sable et le ciment et un vigneron a offert du vin. Nous cherchons à faire les choses très sérieusement et une journée de travail doit aussi être une journée conviviale. Nous devons tout monter à dos d'homme depuis la route et le trajet est pénible à travers les blocs de roches. Nous préparons le mortier devant, sur la route, mais ensuite, avec des seaux, nous venons ici ».

Ici, c'est à 858 m d'altitude, sur un piton en rhyolite volcanique d'où la vue est imprenable : des grands immeubles de Belfort jusqu'au Feldberg, avec, au pied, le village d'Uffholtz, la plaine d'Alsace et la Forêt-Noire. Selon la topographie, la ruine est sur le ban d'Uffholtz et, à quelques mètres en contrebas, débute le ban de Wattwiller.
« Que chaque château ait ses veilleurs »

Ludovic Faessel, 42 ans, siège au conseil municipal qui l'a nommé « veilleur » pour ce château. Une opération lancée par la Région Alsace et soutenue par le Département. Jean-Marie Nick, ancien président de l'association des châteaux forts d'Alsace, estime « que c'est une formidable idée qui permet aux gens de s'approprier une ruine, de la sauver, de la consolider et d'en écrire l'histoire. Il faudrait que chaque château ait ses veilleurs. Pour le Herrenfluh, alors même que les restes sont réduits, c'est une chance d'avoir là une petite équipe de passionnés ».

Le site du Herrenfluh n'est pas (encore ?) classé aux Monuments historiques, mais il est dans une zone Natura 2000 et s'insère dans le Parc naturel régional des Ballons des Vosges.
Antoine BERG