Pascal Adrian a réalisé son rêve de gosse

Publié dans le panorama le Mardi 30 juillet 2019 à 05:52:50

© Dna, Mardi le 30 Juillet 2019
Droits de reproduction et de diffusion réservés
Télecharger la version PDF

 

Un été à la ferme (5/9) Landser
Pascal Adrian a réalisé son rêve de gosse
Pour ce cinquième épisode de notre série d'été consacrée aux agriculteurs des Trois frontières, rencontre avec Pascal Adrian, céréalier à Landser. Le quadragénaire s'est reconverti à l'agriculture il y a dix ans. Un choix qu'il ne regrette pas, même si le métier évolue dans des conditions plus âpres.
 

 
Après un parcours professionnel chez Roche puis chez Weleda, Pascal Adrian s'est reconverti en agriculteur. Un rêve d'enfant.
Son rêve de gosse, il l'a réalisé à l'aube de ses trente printemps. Pascal Adrian, enfant de Landser, a « toujours voulu être agriculteur. Il y avait cette fibre... Mais nous n'avions pas de terre », se souvient-il. Alors, il s'oriente vers des études en biotechnologie, cursus dans lequel il obtient un BTS. Puis, il travaille pendant neuf ans dans la planification de production chez Roche, ensuite chez Weleda. Un train-train assez conventionnel au niveau du rythme de travail. « Je ne regrette absolument pas ces expériences. Elles me permettent de garder l'esprit ouvert, de ne pas avoir d'oeillères dans mon activité actuelle. »

Mais l'envie de chouchouter la terre le titille. Il franchit le pas en 2002 : « J'ai dû retourner à l'école. J'ai fait un bac pro Conduite et gestion des exploitations agricoles (CGEA), par correspondance, durant deux ans. » En parallèle sont menées toutes les démarches administratives pour s'installer à la ferme Don Bosco (lire par ailleurs). Une reconversion qu'il ne regrette absolument pas aujourd'hui, à 42 ans, même si le quotidien d'exploitant agricole comprend son lot de pénibilité : « Je fais ce qui me plaît. C'est la passion qui parle, pas la raison. »

Le Landserois s'occupe seul de 91 hectares d'exploitation. Photo L'Alsace /Caroline ANFOSSI
La carte de l'ajustement

Chaque jour, sans réveil, le Landsérois se lève à 5 h du matin. Et pas question de se mettre à l'ouvrage sans engloutir son petit-déjeuner, lequel s'accompagne de la lecture de la presse agricole. En ce moment, comme ses collègues, le dossier sur l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur le fait grincer des dents. « Importer de la viande moins chère... Et après, on nous parle d'écologie ! On marche sur la tête. On se sert de l'agriculture comme variable d'ajustement. C'est bien dommage. » Et d'ajouter : « À l'époque, on avait l'impression de savoir où on allait. Aujourd'hui, c'est moins le cas. La volatilité des marchés, la partie bureaucratique de plus en plus importante, le climat... ».
« Un cumul de fonctions pour avoirun revenu fixe »

À défaut d'une confiance inébranlable quant au futur, Pascal Adrian joue la carte de l'ajustement. Faire avec, adapter les parcelles de culture en fonction de la nature du sol. « Les années se suivent mais ne se ressemblent pas dans l'agriculture. Tous les ans, c'est neuf, parce qu'il y a de nouvelles conditions. C'est le côté intéressant du métier. »

Cette statue de Don Bosco trône au coeur de la propriété depuis des décennies. Photo L'Alsace /Caroline ANFOSSI

En hiver, après avoir fait de la paperasse et nourri les animaux, Pascal Adrian s'occupe de l'entretien des bâtiments et de l'extérieur de l'établissement Don Bosco, jusqu'à midi. « Un cumul de fonctions pour avoir un revenu fixe. » L'après-midi est consacré aux travaux des champs. Au printemps et en été, ce sont les travaux agricoles qui rythment les journées (semis, traitements, etc.). Entre autres. Parce que la notion de temps mort chez lui est quasiment inexistante. Côté loisirs, l'homme prend plaisir à redonner un coup de neuf à de vieilles voitures et tracteurs. Il joue également du tambour au sein de la batterie-fanfare de Bruebach. Pas de temps mort on vous dit.
....

Outre les cultures, Pascal Adrian s'occupe d'une trentaine de vaches allaitantes. Photo L'Alsace /Caroline ANFOSSI

Comme d'autres agriculteurs, Pascal Adrian parle de son ressenti avec précaution pour ne pas alimenter « une haine de l'agriculture » qu'il perçoit ces derniers temps. Référence notamment au fameux refrain « agriculteurs = pollueurs ». « On est les premiers à travailler avec la nature, donc forcément on y fait attention, c'est notre capital. Si on sort avec le pulvérisateur, c'est que c'est réfléchi, car cela a un coût. » Pour ce faire, Pascal Adrian passe du temps à observer ses cultures et s'informe également avec le Bulletin de santé du végétal, conçu par la Chambre régionale d'agriculture Grand Est. « Moi, je ne connais personne qui veut de la farine de blé malade. Et, en même temps, personne ne veut que l'on traite le blé. » Il poursuit : « Le consommateur lambda est fortement déconnecté du terrain. La pomme qui a une tache, il n'en veut pas, mais il ne veut pas non plus qu'on la traite. »

L'agriculteur et son tracteur : le cliché dont on ne peut se passer. Photo L'Alsace /Caroline ANFOSSI
« Produire quelque chose qui sert à nourrir les gens »

Le sentiment parfois d'être dépassé ? « Ça va. Une exploitation agricole avec cette surface, seul, c'est viable, mais on ne sera pas dans l'excès. Si j'écoutais le comptable et le bon sens paysan, je vendrais mes vaches. » Quant à savoir s'il approuverait au moment voulu la reprise de l'exploitation par ses garçons, âgés aujourd'hui de 6 et 8 ans, Pascal Adrian hésite : « Je ne sais pas. Je serais fier mais, en même temps, s'ils ne le font pas, ce ne serait pas grave. Nous sommes d'accord avec ma femme sur le fait qu'il faut qu'ils fassent d'autres études, au cas où... » En attendant, Pascal Adrian leur transmet son amour pour la nature, l'avantage d'avoir « comme seul patron, la météo » et le plaisir de « produire quelque chose qui sert à nourrir les gens. »
Caroline ANFOSSI