Société Quelques élus ont décidé d'arrêter la politique : Vie (heureuse) après la politique

Publié dans le panorama le Lundi 29 juillet 2019 à 05:48:53

© Dna, Lundi le 29 Juillet 2019
Droits de reproduction et de diffusion réservés
Télecharger la version PDF

 

Société Quelques élus ont décidé d'arrêter la politique
Société Quelques élus ont décidé d'arrêter la politique : Vie (heureuse) après la politique
La politique à vie, c'est fini ? Plusieurs élus ont choisi ou ont été contraints d'arrêter. Ils sont minoritaires mais ils seront de plus en plus nombreux dans les années à venir.

 
Razzy Hammadi devant des élèves de l'ESTP à Paris : la nouvelle vie d'un ancien député.
Emmanuel Couet, président socialiste de Rennes Métropole, a surpris courant juin en annonçant qu'il allait changer de vie. À 50 ans, élu depuis 20 ans, il passe la main. Les prochaines municipales se feront sans son nom sur les affiches. Lui va chercher du travail.

Les hommages ont plu dans la métropole. Ses amis comme ses adversaires, sidérés, ont loué sa carrière, salué une décision jugée courageuse.

Un élu qui passe la main sans être battu, cela reste rare. Mais de plus en plus fréquent. « Personne ne comprenait notre décision », se souvient Sébastien Pietrasanta quand il a lui aussi effectué ce choix. Ancien député des Hauts-de-Seine, il a annoncé bien avant les gilets jaunes et le bashing antiparlementaire sa volonté de quitter la politique.
« Décrocher, ce n'est pas si simple »

À l'aube de ses 40 ans, il voulait profiter de sa famille. « J'avais envie d'une seconde vie. Quand on fait de la politique, les week-ends et les soirées sont rares. »

Deux ans plus tard, Sébastien Pietrasanta se félicite tous les jours. « Je n'ai aucun regret », témoigne-t-il. Consultant sur les sujets de la sécurité, du terrorisme et de la radicalisation (ses thèmes de compétence au Parlement), il gagne sa vie et a du temps pour voir grandir ses enfants. Mais il reconnaît que c'est un choix difficile. « Je ne suis pas un donneur de leçon. La peur du vide, j'ai pu la sentir aussi. Décrocher de la politique n'est pas si simple quand on y a consacré 100 % de son temps. »
Engagés plus concrètement

Ancien député de Côte d'Or, Laurent Grandguillaume a décidé durant son précédent mandat de ne pas se représenter. « Être élu, c'est un engagement. Il faut être le plus libre possible et donc ne pas en être dépendant comme source de revenus. J'ai toujours dit que ce ne serait pas un métier. »

Il a tenu parole, a suivi une formation et dirige un groupe qui travaille sur les nouvelles formes d'emplois. Parallèlement, il est président bénévole de « Territoires Zéro chômeurs longue durée ». « Je ne suis pas moins engagé qu'avant », assure-t-il.
Les élus aussi doivent se former

Razzy Hammadi, lui, s'est présenté aux législatives, « sous la pression locale », dit-il. Mais l'ancien député de la Seine-Saint-Denis avait anticipé sa défaite. Trois mois avant le premier tour, il suivait des cours à l'Essec. « Quand on est député, on est les premiers à dire qu'il faut se former toute la vie et on ne le fait pas », assure celui qui développe plusieurs activités, notamment dans le domaine de l'urbanisme.

Laurent Grandguillaume confirme que le manque de formation des élus est un sujet : « Il faut pouvoir se former durant un mandat, maintenir un niveau de compétence. »

Razzy Hammadi et Laurent Grandguillaume l'ont fait et ont vite reconstruit une vie professionnelle. Razzy Hammadi dirige une trentaine de salariés et n'a plus le temps de penser à la politique. « Je ne suis pas près de rouvrir ce chapitre de ma vie, ni à court ni à moyen terme. » À long terme alors ? La question laisse les anciens élus dubitatifs. Ils savent qu'il ne faut jamais dire jamais. « On peut concevoir que les gens aient envie de revenir comme cela se fait ailleurs. C'est naturel dans les autres pays », estime Laurent Grandguillaume. En France, pas totalement encore.
Nathalie MAURET